Jacqueline de Romilly – À la recherche de la vraie Éducation

Jacqueline de Romilly: « Il y a un divorce entre enseignement intellectuel et formation morale »

Le Figaro – 29 oct. 2008

«Enseignement » et « éducation » sont deux mots presque synonymes qui pourraient s’employer l’un pour l’autre. Il existe cependant entre eux une légère nuance de sens: l’enseignement désigne avant tout la transmission des connaissances intellectuelles…lisez plus…

Dans cet article ci-dessus du Figaro du 29 octobre 2008, ils ont publié le discours de Jacqueline de Romilly sur l’état de l’enseignement et de l’éducation en France.

L’enseignement est un sujet qui me tient à cœur personnellement et professionnellement. Dans un billet précédant voisinant le sujet du discours de Mme. de Romilly, j’ai écrit sur le sujet de la différence entre l’éducation et la formation (‘training’ en anglais). [J’ai aussi noté l’existence (et décès) de Note2be RIP].

Alors que l’enseignement concerne la transmission et apprentissage des connaissances intellectuelles, Mme. de Romilly met l’appui sur l’importance de l’éducation. Elle déplore le manque au niveau de l’éducation qui comprend la transmission des valeurs. « L’éducation…désigne le fait de mener un être à l’accomplissement de ses qualités propres ; pour l’homme, ces qualités humaines concernent l’esprit, le caractère et l’aptitude à la vie en société. » Elle cite trois grands problèmes dans l’éducation française: (1) l’affaiblissement de la connaissance de la langue qui nuit à la capacité de communiquer [avec risque de tendre vers la violence]; (2) les lacunes au niveau de l’histoire et donc de son passé et de sa culture; et (3) le manque au niveau de la lecture de la littérature qui permet « la formation de l’homme » à travers des idées, images et personnages iconiques.

Un point essentiel est que l’éducation des enfants commence à la maison. Par exemple, la communication en famille autour d’une table permet de nouer les liens, raconter des histoires et, par la même occasion, l’histoire de la famille. Mais, aujourd’hui, avec la poursuite du temps, les familles rompues et le stress du travail, la transmission des valeurs et de l’histoire et le partage du temps libre sont des denrées rares pour un enfant. Par ailleurs, je sais que le philosophe Luc Ferry m’appuierait pour dire que la passion pour — et la lecture des — grandes classiques, dans lesquels on trouve des vraies leçons de la vie, serait indispensable pour l’éducation d’un jeune. En fait, le plus important pour un enfant, c’est de développer une ou des passions. À travers cette passion, on cultive sa curiosité, on apprend, on se connecte et, au final, on donne du sens à notre vie.

Arrondissant la notion de l’éducation de l’être, en dehors de l’Académie, je suis un fervent pour le coté éducatif du sport: comment travailler en équipe, être un leader, faire face aux difficultés physiques, savoir gagner et perdre avec grâce. Bien sûr, les sports ne sont pas tous égaux dans la transmission de ces valeurs et ne sont pas forcément pour tous. Mais, pour beaucoup, le sport est également une échappatoire qui permet de canaliser son énergie. Dans un autre domaine, je crois profondément à l’importance du théâtre et de la danse. Le fait d’avoir fait du théâtre (j’ai joué dans une dizaine de pièces) était très formateur pour moi — ça demande un travail sur soi, vous ouvre à la diversité des personnalités, et exerce vos talents de communication et sur votre présence sur scène. En Angleterre et à l’université aux États-Unis, j’ai aussi beaucoup apprécié l’art du débat–un environnement qui aiguise ses talents dans la défense de ses idées, la communication en public ainsi que la compétition.

Ce qui m’a frappé dans l’article de Mme. de Romilly est, en quelque sorte, la similarité de ce qu’elle décrit avec l’état de l’éducation — pour ainsi dire la société — aux États-Unis. Mme. de Romilly ne cite pas l’influence de l’internet. Et pour cause, ce n’est qu’un outil et n’est pas à la racine du problème. Mais elle aurait pu étendre ses propos en parlant du manque d’attention des enfants, distraits par le monde hyper-visuel en ligne, les jeux addictifs, le chat sans sens profond, etc. Outre-atlantique, un livre est sorti cet été aux États-Unis qui s’appelle « Why We Hate Us » (« Pourquoi nous nous détestons » et disponible sur Amazon.fr ici) par Dick Meyer. Dans un sens similaire, mais d’un angle totalement différent, le livre de M. Meyer parle du manque d’intérêt que portent les Américains vis-à-vis des uns et des autres. Pour M. Meyer, il ne s’agit pas de détester comme haïr, mais détester comme « ça fait ch***. » L’ennui que provoque la conversation dans les dîners suburbains aux États-Unis, dit M. Meyer, envoie un certain nombre des américains vers la solitude, l’isolement. Le dialogue, la conversation sont trop déshumanisés. Beaucoup d’entre eux sont déçus par le manque de culture, le manque de profondeur, les platitudes–et disons le, les conséquences du devoir permanent du « politiquement correct. » Les Américains, écrit-il, tournent naturellement vers l’internet pour trouver de l’interaction avec d’autres qui partage une vraie passion, qui sont présents à tout moment dans les réseaux de médias sociaux. Les nouvelles technologies facilitent cette interaction (pas nécessairement profonde) et permettent de retrouver d’autres passionnés autour du même sujet. Est-ce
que le même phénomène serait en train de se passer en France?

Avec du recul sur les propos de Mme. de Romilly, je dirais que l’enseignement en France se focalise trop sur l’académie de façon générale et devrait intégrer plus « d’éducation » et de la culture, comme du sport, du théâtre, et même du débat. Dans l’emphase sur les matières qui favorisent le coté gauche du cerveau, l’enseignement français est bancal et donne encore moins de chance aux enfants d’arriver à l’éducation dont parle Mme. de Romilly. Si Mme. de Romilly et M. Meyer parlent de valeurs à l’ancienne et que certains considèrent comme étant ringardes et conservatrices, elles sont selon moi des valeurs importantes et atemporelles et et qui peuvent — dans certains cercles au moins — foisonner des cotés de l’Atlantique (et bien sûr de la Manche aussi).

D’autres blogs sur l’article de Mme. Jacqueline de Romilly:
Le Salon Beige
Veille Education

Des blogs (en anglais) sur ce dernier livre « Why We Hate Us » élabore bien le propos de M. Meyer:
Page 99 Test
Campaign for the American Reader

16 réflexions au sujet de « Jacqueline de Romilly – À la recherche de la vraie Éducation »

  1. J’ai trouvé très intéressant l’article et le commentaire.

    En effet,le paradoxe entre le développement des moyens de communication sophistiqués et l’appauvrissement de la qualité des relations humaines menace l’avenir de notre société pour nos enfants.

  2. Ma foi un bien vaste sujet que l’enseignement et l’éducation, et pourtant tellement au cœur de notre société et de son devenir…
    Aujourd’hui j’ai l’impression que beaucoup confondent les termes « éducation » et « enseignement » alors qu’à mes yeux se sont 2 notions ayant chacune leurs particularités.
    J’ai l’impression que le rôle éducatif des parents à tendance à se perdre de plus en plus et qu’on se repose davantage sur le système scolaire pour prendre en charge non seulement l’enseignement à proprement parler mais aussi l’éducation de l’enfant – qui pour moi relève avant tout des géniteurs et de la proche famille (rôle primordial des grands-parents notamment..).

    Je trouve cela déplorable et le manque croissant de valeurs et de respect ambiant (de nos jeunes comme de nos moins jeunes) me frappe et m’amène à penser que beaucoup de parents se déchargent sur l’école pour éduquer leur progéniture, ce qui n’est pas son rôle.

    Alors que faire à l’heure ou de nombreux parents ont baissé les bras?

    Moi je proposerai par exemple des cours obligatoires de citoyenneté. Je rappellerai à ces jeunes (et moins jeunes aussi…une piqure de rappel n’a jamais fait de mal à personne) autour de conférences obligatoires (avec présence des parents plus que souhaitée) sur les devoirs de chacun au sein d’une société…et non seulement sur les droits, comme je trouve que l’on a trop tendance à le faire.

    Je partage avec toi le rôle non négligeable de l’activité sportive dans le rôle éducatif et pour développer sa personnalité, apprendre à gagner comme à perdre, à se battre, à se confronter aux aspérités de l’autre. Le sport a toujours été pour moi non seulement une pratique avant tout conviviale et très plaisante (hygiénique même!), mais aussi une façon de me dépasser et de rencontrer l’autre. Pareil pour les activités artistiques. Tout ce qui ouvre l’esprit, le corps et l’âme ne peut qu’apporter à nos chères têtes blondes (et à leurs parents) de nombreuses valeurs positives qui font malheureusement trop souvent défaut dans notre société trop individualiste.

  3. Voici quelque chose qui nous tient tous à coeur….et qui malheureusement fou le camp…comme tout le reste!
    Une réforme de compréhension et de fond doit se fare et pas qu’en france!
    Quel article!

  4. @elisabeth: c’est un paradoxe étonnant en effet. Le fait d’avoir tous ces outils « sophistiqués » ne nous aide pas à avancer sans qu’on fasse déjà l’effort de communiquer. La capacité de voyager le monde plus facilement avec l’avion a dû aider dans la communication inter-pays; mais il fallait quand même faire le voyage. Après, quand on est dans la communication, la qualité du contenu n’est souvent pas au niveau.

    @philippe: ah, du sens.

    @als: oui, c’est vrai que la société individualiste est un paradoxe en lui-même: le besoin d’être en société, d’être social, d’être en communauté est entièrement fondamentale.

    @la vespa: existe-il un système qui n’a pas autant besoin de réforme?

  5. Excellent billet, et en plus, en français ! 😉

    Je suis bien d’accord avec tes propos. L’enseignement, sans l’éducation, c’est comme être en mesure de prendre le volant sans connaître les règles de conduite… Bon, mon exemple est peut-être simpliste… mais ça donne le portrait…

    Et il y a aussi la « morale et l’éthique », ce cadre de valeurs qui semble de plus en plus inexistant dans ce monde qui m’apparaît de plus en plus « centrinombriliste »…. (ce n’est pas un vrai mot… mais j’aime la sonorité…) 😉

    Parlant d’art du débat… il m’arrive parfois (de plus en plus ces temps-ci) de laisser libre cours à mon imagination et de me voir impliqué politiquement… Ça ne t’a jamais tenté, d’introduire une nouvelle race de politicien, ayant des valeurs, une morale et donnant l’heure juste ?

  6. Intéressant.

    Assez d’accord avec tes commentaires et certains de ceux d’ALS.

    C’est vrai aussi que des cours de civisme ne feraient pas de mal. Pourquoi ne pas commencer par apprendre l’hymne national, au plus jeune âge à l’école avec tout ce qui en découle : le patriotisme, le respect d’autrui, etc.

  7. Merci de m’avoir donné l’occasion de lire ce texte de Jacqueline de Romilly. Elle évoque bien sûr tout ce qui nous est cher, en particulier l’importance de la littérature et dès le plus jeune âge.

    Convaincus, nous le sommes. Reste à convaincre. D’accord avec toi pour faire passer le message (par exemple) par le théâtre.Le sport c’est pas mal, (voire même nécessaire) mais difficile de combiner avec la littérature.

    P.S. Agréable ce blog en français immédiat.

  8. Je partage complètement ce que tu dis sur l’éducation ou plutôt le manque d’éducation profonde pas virtuelle et aussi ce manque d’intérêt pour les autres sauf pour les piétiner ou les utiliser ou les ennuyer ( je suis polie) Le nombre de fois où je me suis retrouvée dans des diners  » parisiens »à supporter des platitudes et à me demander ce que je faisais là, … Et effectivement, le réflexe peut être la solitude ou bien le sentiment de ne pas être comme tout le monde dans le paraitre, le politiquement correct, le superficiel ou encore de ne rechercher la compagnie que des rares amis qui partagent  » les mêmers valeurs » et çà n’est pas péjoratif loin de là. Comme tu vois, la situation est la même en France qu’aux Etats-Unis….

  9. Tout d’abord merci car tu m’as fait découvrir un article très utile, bien écrit et riche de réflexions.
    A l’évidence comme toi, c’est un sujet qui m’occupe, voire me préoccupe avec mes trois enfants, dans une société qui se transforme trop vite.

    A tel point que le fossé est maintenant plus important entre deux générations -parents enfants- qu’entre deux enfants de pays différents. Voilà sans doute un des premiers écueils à l’enseignement et à l’éducation.
    L’autre écueil, ce sont les valeurs véhiculées en particulier par la télévision. Valeurs vides de sens futiles, inutiles ou mêmes dangereuses lorsqu’elles font croire que fortune et gloire peuvent arriver sur toi sans travail et que cela te rendra forcément heureux… J’adhère très fortement aux principes et l’analyse de Jacqueline de ROMILLY sur l’utilité du langage et de l’expression (tu dois y être très sensibilisé toi même) pour construire sa pensée la transmettre et comprendre celle des autres.

    Je crois que BOILEAU disait  » ce qui se comprend bien s’énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément. »

    Comme toi je crois aux vertus du sport car elles font prendre conscience des fondamentaux de la vie : une bonne hygiène de vie c’est à dire l’alimentation, le self contrôle l’optimisation de ses ressources et de leur utilisation, l’acceptation de l’échec comme une source de progression et tant d’autre encore. Pour cela je crois plus au vertu du sport collectif ou au sport de combat, car ils apportent aussi les notions de collectifs de leaderships ou comment se positionner dans un groupe, en leader en expert en éminence grise… chacun peut trouver son propre style, car c’est bien la diversité qui fait la richesse d’un groupe d’une nation d’un peuple. Si la bio-diversité est un sujet chaud c’est bien une réalité et non une mode.
    Aussi, je crois qu’à coté du sport, un enseignement et une éducation à l’alimentation, à la nature apportent une bonne compréhension de soi et de son environnement pour savoir se situer et exprimer sa richesse. A titre d’exemple expliquer aux enfants et aux adolescents que avant 1900 il n’y avait ni acné, ni allergie ni quasi pas de myopie, que c’est notre mode d’alimentation avec le sucre notamment, et notre « surhygiène » qui développent ces phénomènes récents, seraient sans doute éclairant.

    Un esprit sain dans un corps sain ; voilà un principe de base avec le connaît toi toi-même c’est « vieux, » mais parafait comme principes je crois, voilà des enseignements utiles ou une éducation à faire.

    Ensuite je crois à la vertu du changement que prône Christophe, notre monde change à une cadence importante, il faut donc apprendre à considérer le changement comme une règle de base puis considérer que le changement peut apporter du progrès pour autant que l’on n’oublie pas les fondamentaux, immuables ceux qui existent inscrits dans la nature puisque ce modèle fonctionne depuis des dizaines de milliers d’années, à minima. Alors relisons DARWIN par exemple qui peut nous faire comprendre beaucoup d’évolution de notre société et d’adaptation et ainsi adapter notre éducation et notre enseignement. Par exemple il nous apprend que l’ainé d’une fratrie est souvent un conservateur car l’ordre établi où il était le n°1 et unique lui convient tandis que le cadet veut faire la révolution l’ordre établi ne lui convient pas du tout… Forcément. Voilà des principes qu’il faut connaître pour expliquer que les membres d’une fratrie ne sont pas égaux l’égalité est une fumisterie je veux dire une théorie sans application, seule l’équité et la diversité sont à apprendre. Apprendre à nos enfants que ce qu’à l’autre n’est pas à envier ce qui est important c’est ce qu’ils ont et ce qu’ils vont en faire!
    c’est la parabole des talents à relire dans le nouveau Testament je crois.

    Enfin, il faut utiliser les dernières connaissance scientifiques qui nous apprennent que nous devons jouer habilement avec notre cerveau droit et notre cerveau gauche et développer ces deux capacités complémentaires.
    Bon je me suis envolé le sujet est si vaste si intéressant si d’actualité si fondamental.

    Bonne soirée MINTER et encore merci de ton message

  10. Quelques pensées à lire l’article de Jacqueline de Romilly et ton blog.

    1-Le respect passionné de la liberté des enfants. Beaucoup de gens (parents, école, famille, amis) accordent aux enfants le choix y compris aux enfants de très jeune âge. Je trouve ça très irresponsable. Un manque d’éducation flagrant. Les adultes font des choix pour leurs enfants en fonction de leurs valeurs, et non pas les enfants sans connaissance, sans repères, sans compréhension. Tu ne choisis pas le menu de la cantine, tu manges ce qu’on te propose. La liberté de choix viendra progressivement avec la responsabili†é. Plus tu prouveras que tu peux prendre des responsabilités, plus tu auras de libertés, donc des choix.
    C’est le privilège lourd de l’adulte (cf. avec les qualités propres et profondes à déveloper).

    2- La maîtrise de la langue.
    Eh oui!, de Romilly a raison la maîtrise de la langue, la verbalité est un signe d’intelligence, et dès l’école, la verbalité est décisive.
    Les bons mots au bon moments clouent le bec. C’est l’arme ultime, qui fait gagner et le meilleur moyen d’éviter les armes (comme dit de Romilly). Il faut s’en convaincre bien parler c’est une force inestimable, c’est s’assurer du pouvoir, gagner, éviter les humiliations administratives, sociales, etc… Partout, tous les jours, la verbalité compte.

    3-Les humanités
    Il y a 30 ans on se plaignait du manque de culture des jeunes, de la pauvre place laissée à la littérature, aux humanités, etc…
    Le système élitiste de la France s’est peu ouvert socialement(à quelques exceptions style Sciences Po.) et culturellement (prédominance des maths dans la sélection).

    4-Opportunités
    En revanche, j’ai un point de désaccord avec l’article. La définition de la personalité (a) et l’ouverture culturelle (b) ont aujourd’hui beaucoup plus de chances, d’opportunités qu’il y a 30 ans grace aux nouvelles technologies.
    a)On se construit avec la littérature mais aussi avec l’image, le cinéma bien sûr, et tout l’univers visuel, musical, d’une plus grande diversité aujourd’hui qu’il y a 20 ans, etc… cette diversité est tres vrai dans la mode par exemple.
    b)On connait le monde, l’histoire, l’art, les sciences en sortant des livres, devant son ordinateur, l’outil du possible est toujours présent – pour le futur.

  11. Merci Minter pour ce passionnant article.

    Ci-dessous quelques réflexions que je vous livre sur le thème « Formation versus Education ».

    Les attentes des élèves ingénieurs en matière de formation semblent avoir structurellement évolué depuis 20 ans : de la passion, ils sont tendanciellement passés, pour une part très significative, à une perte d’intérêt pour les sciences au profit de tout ce qui peut ressembler à des sciences humaines.

    Dans les écoles d’ingénieurs aujourd’hui, et notamment dans les plus grandes d’entre elles mais pas seulement, de plus en plus d’étudiants désertent la carrière d’ingénieur pour se diriger, aussi vite que possible vers les fonctions managériales. Dans certaines écoles, ce sont 10% seulement des élèves qui exerceront effectivement un métier d’ingénieur à leur sortie de l’école.

    On dira bien sûr que les métiers du conseil et de la finance sont à la mode et plus rémunérateurs (enfin étaient…); on dira aussi que de nombreux élèves en école d’ingénieur, s’ils ont certainement été d’un très bon niveau en mathématiques et/ou en physique au cours de leur scolarité, n’ont pas pour autant choisi de devenir ingénieurs : c’est le système éducatif français qui a déterminé pour eux cette voie professionnelle en fonction de leurs performances scolaires, sans véritablement leur donner l’occasion d’exprimer préalablement leurs GOÛTS.

    Mais ce n’est pas ça, ou pas principalement ça. Ou cela va plus loin que cela.

    On constate au sein de ces mêmes écoles, et donc avant même les choix professionnels, un désintérêt croissant pour les enseignements scientifiques et, réciproquement, une appétence forte pour tous les enseignements alternatifs.

    Il semble que la science, dévalorisée dans ses objectifs, inquiétante dans ses moyens, n’est plus le miroir aux alouettes qu’elle à été pour une dizaine de générations d’étudiants.

    En face d’une offre de formation professionnelle scientifique, la demande des étudiants s’oriente d’avantage vers les questions relatives à la société dans laquelle ils vivent : philosophie de la science, évolutions sociétales et politiques, sciences du management.

    En fait c’est un peu comme si désertant le champs de la formation professionnelle, ils appelaient de leurs vœux une éducation personnelle et professionnelle dont ils ressentent cruellement le manque face aux incertitudes éthiques de la science. C’est donc, pour reprendre l’analyse de Jacqueline de Romilly, une valeur ajoutée éducative dont ils exprimeraient ainsi le pressant besoin.

    C’est peut-être un exemple concret des conséquences de formations trop professionnalisantes et pas assez éducatives.

    La logique serait intéressante car finalement assez optimiste : quand la formation n’a pas assez de contenu éducatif, les étudiants la désertent, pour rechercher ailleurs le contenu éducatif dont ils sentent intuitivement avoir besoin dans vie future.

    A bientôt !

    Antoine

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