Une étude toute récente par l’IFOP, sponsorisée par l’Atelier BNP Paribas, montre que 62% des cadres en France ne sont pas en faveur d’une communication sur les réseaux sociaux pour les entreprises.  A cette date dans l’histoire de l’internet, c’est un chiffre remarquablement élévé.  Sur ces 62%, voici les raisons données pour lesquelles les entreprises ne devraient pas communiquer sur les réseaux sociaux (RS).

Pourquoi pas!

Pourquoi pas!

Les chiffres ont du sens.  En effet, on constate régulièrement cette peur de perdre le contrôle de son image, citée en premier lieu. En revanche, les 2è et 4è raisons (médias traditionnels suffisent et ce n’est pas efficace pour vendre) sont des raisons éminemment rationnelles.  S’il est pertinent de se poser la question de savoir pourquoi ça n’évolue pas aussi rapidement qu’on l’aurait imaginer (pour ceux qui sont des convaincus), il me semble qu’il y a un sentiment sous-jacent : « ce n’est pas [encore] cassé, donc pourquoi dois-je le réparer »?   Et puisqu’il n’y a pas [encore] eu de sanction dans les résultats financiers liés à la non-utilisation des réseaux sociaux, les cadres se disent peut-être à juste titre que ce n’est pas encore urgent.  On revient sur cette fameuse question itinérante: tant qu’il n’y a pas de Retour sur Investissement (« ROI ») démontrable, l’inaction est l’action la plus facile à justifier.  Surtout, que l’action en l’occurrence est très perturbatrice.

Les consommateurs doivent amorcer le changement en votant avec leur portefeuille

Les consommateurs ne sont pas en train d’abandonner des marques qui ne sont pas sur les réseaux sociaux.  Est-il possible qu’il y ait encore en France une relation plutôt traditionnelle entre le consommateur et la marque.  La lenteur de la prise en charge par les médias grand public aurait fort probablement contribué à l’ambivalence apparente des consommateurs.  Mais, ça bouge quand même et on le voit dans les chiffres du eCommerce par exemple.

Derrière cette peur de perdre le contrôle par les cadres, il y dort le problème de la culture d’entreprise, renforcé par les dirigeants les plus haut placés.  Il existe un célèbre dicton qui a l’air d’avoir tout son sens dans ce rejet des réseaux sociaux:  « Pour vivre heureux, vivons cachés. »  Il est possible que les cadres — surtout ceux dans les Comités Exécutifs — estiment que l’utilisation des réseaux sociaux à titre personnel est alors peu souhaitable.  Pensent-ils que la notion de l’ami, comme étant un mot plutôt sacré, ne doit pas être galvaudée dans Facebook?  Par ailleurs, ils ont des enfants à la maison qui sont accros aux écrans et cela ne fait pas plaisir aux parents.  Des études (« Kids Online » par le CNRS pour l’Union Européenne, jan 2011) disent que 87% des 9-16 ans accèdent à l’internet et que 97% des 9-16 ans (Ipsos 2008) jouent à des jeux vidéo au moins occasionnellement.  Selon Le Monde Magazine (26 fev 2011), « [u]n foyer avec des enfants de 6 à 11 ans possède en moyenne dix écrans » (Observatoire Galli, 2008).  C’est dire que ces mêmes cadres qui sont envahis et ne contrôlent pas les ordinateurs et les réseaux sociaux à la maison, ne veulent pas se laisser envahir au boulot aussi?

Le manque de confiance

Mais, il y a un deuxième élément très important dans le cadre du travail: le manque de confiance.  Ce manque se manifeste :

  • entre les employés et l’entreprise,
  • entre les employés eux-mêmes,
  • pour ne pas oublier, la méfiance terrible des consommateurs vis-à-vis des marketers.

L’autre statistique peu salubre dans l’étude Ifop ci-dessus: 80% ne donneraient le droit de la communication [sur les réseaux sociaux] qu’à quelques individus seulement — autrement dit, à des personnes « qualifiées » pour tout maîtriser.  Dans un monde de réseaux sociaux, cette statistique veut tout dire.  Qui plus est, la meilleure façon de ne pas réussir à amplifier son message est de cantonner la communication à une petite équipe étriquée, donc de ne pas réussir sa stratégie digitale à terme.  Il y a un beau paradoxe dans ces résultats car 55% pensent que l’utilisation des RS peut aider à rapprocher les employés de l’entreprise, mais que 80% se méfient de l’idée que tout collaborateur peut y contribuer.

Alors, quelle motivation pour amener du vrai changement?  La peur de ne pas y être?  L’arrivée en masse des enfants « digital natives » sur le marché de la consommation?  Le risque d’un réveil brutal un beau jour avec une crise à la Nestle?  Ou bien une révélation peu flatteuse sur une plateforme comme WikiLeaks?  En attendant, ça donne les chances aux « petites marques » qui seraient plus agiles et convaincues de percer et dépasser les grandes, en utilisant les réseaux sociaux comme un outil stratégique.  Ensuite, l’effet du concurrent peut être un bon catalyseur de changement.  A noter que si les sociétés nord américaines sont en avance en matière de l’utilisation des RS, elles y sont arrivées parfois par des crises également (esp DELL).

S’il faut encore comprendre l’intérêt d’y aller, c’est parce que la transformation en entreprise prend du temps et l’audience (les consommateurs) ne s’achète plus.  Si le « management 2.0 » reste encore un vaste chantier, le mot d’ordre est quand même de s’y lancer.  Il n’y pas de recette magique autre que le vrai boulot sur le monde virtuel.

En tout cas, voici quatre clés pour avancer pour les cadres en France :

  1. Formez-vous car la peur diminuera en apprivoisant les outils, sachant que ça s’apprend en les utilisant, et moins par la ‘formation’ ou en lisant un livre.
  2. Ecoutez ce qui se dit sur votre entreprise, vos marques, sur les réseaux.  La conversation est en train de se passer!
  3. Ayez un cadre dirigeant (ie. sur le Comex) qui devient porte parole et ange gardien (quitte à avoir son propre blog).  L’exemple du haut fait tilt.
  4. Commencez par des petits pas, notamment là où vous êtes bons (avec moins de choses à cacher) et avec une communauté de pratique facile à cerner.

Qu’en pensez-vous?  Cette réfutation par les cadres est-elle justifiée?  Qu’est ce qui fera que la transformation va s’accélérer?