Entre Liberté et Risques : La Carrière d’Ixène, Dessinateur de Presse Indépendant (MDF173)

Ixène (alias Xavier N.), dessinateur de presse et illustrateur, était mon invité pour cet épisode haut en couleurs. Je connaissais déjà sa patte reconnaissable, et c’était un vrai plaisir d’offrir à mon audience une incursion dans l’art du dessin satirique, un thème rarement abordé dans un podcast essentiellement audio. Ixène, pseudonyme construit à la manière d’Hergé avec ses initiales (RG), navigue depuis plus de trente ans dans le monde du dessin de presse, de l’illustration en entreprise et de la communication visuelle. Ce dialogue retrace son parcours, de ses talents précoces qu’il a longtemps hésité à revendiquer jusqu’à la manière dont il a finalement trouvé sa voie d’artiste indépendant. Refusant à ses débuts l’étiquette d’artiste par crainte de la précarité, il partage sans détour la difficulté à affirmer ce statut dans une société française attachée aux diplômes et au tangible. Il aborde aussi les défis actuels : la place déclinante du dessin de presse dans les médias, la montée de l’intelligence artificielle dans la création visuelle, ou encore les limites de la liberté d’expression, particulièrement depuis l’attentat à Charlie Hebdo. Notre discussion évoque aussi le rôle du dessin dans la société et à quel point il peut être à la fois subversif, révélateur et fédérateur, tant dans la presse que dans l’entreprise, où l’humour et le sens du trait peuvent désamorcer des tensions ou pointer des incohérences. La liberté mais aussi l’engagement du dessinateur – ce fragile équilibre entre répondre à une commande et rester fidèle à sa vision – apparaissent en filigrane. Enfin, Ixène partage son expérience du dessin pour un documentaire historique, illustrant la richesse narrative et émotionnelle de ce médium.

Les points clés

  • La vocation d’artiste, entre don naturel et lutte contre les injonctions sociales : Ixène décrit son cheminement personnel, son refus initial de la voie artistique, et l’importance d’accepter son identité créative en dehors des cases conventionnelles.
  • Déclin du dessin de presse et menaces contemporaines : La discussion explore la disparition progressive des dessins dans les grands médias, la pression des menaces physiques et sociales, et les risques (mais aussi les limites) de l’intelligence artificielle appliquée au dessin.
  • L’art du trait au service des entreprises : Ixène explique comment le dessin en entreprise peut apporter humour, recul et authenticité, tout en partageant ses conseils pratiques pour un brief efficace – soulignant l’importance de la clarté et de la confiance dans la relation créative.

Pour suivre Ixène :

Autres sites et personnes cités lors de l’entretien :

  • Charlie Hebdo : Hebdomadaire satirique français ayant fait l’objet d’une attaque en janvier 2015.
  • Plantu : Dessinateur de presse célèbre pour ses dessins dans Le Monde.
  • Patrick Chappatte : Grand dessinateur, a travaillé pour le New York Times.
  • Boulevard Voltaire : Média pour lequel certains dessins ont été réalisés.
  • Documentaire « Bienheureuses » : Film réalisé par François Lespesse sur les religieuses de Compiègne. Voir sur KTO.
  • Christine MacKay et Salamandra : Entreprise citée pour la réalisation de dessins animés et graphiques destinés au monde des affaires. Invitée sur Minter Dialogue.
  • Le blues du businessman : Référence à la chanson de Luc Plamondon et Michel Berger, dans Starmania.
  • Jocelyn Haas : Comédien canadien ayant participé au podcast ici.

Transcription fournie par Castmagic.io

Minter Dial : Bonjour Ixène — Xavier — c’est un plaisir de t’avoir sur le podcast je j’ai suivi ton tes travaux surtout ma femme connaît encore mieux tes travaux et nous nous sommes rencontrés de vive voix ce qui était un grand plaisir et avec l’idée de parler des dessins sur un podcast typiquement audio quoique pour ceux qui sont sur la vidéo ça va être encore peut-être plus engageant plus intéressant dans des propres mots qui est Ixène.

Ixène : Bonjour Minter, merci de me recevoir dans ton podcast. X-N Ixène, c’est mon pseudonyme de dessinateur. Je suis donc dessinateur et principalement dessinateur de presse, mais c’est plus large dessinateur, illustrateur. J’ai commencé à travailler comme dessinateur il y a déjà plus de 30 ans et j’avais commencé d’ailleurs par du dessin qui était destiné à la communication d’entreprise, à de l’intérieur des livres, des affiches, j’ai fait pas mal d’affiches de théâtre, ce qui rejoignait une autre de mes activités que je faisais personnellement, j’ai fait pas mal de théâtre pendant pendant 10 ans et voilà, donc je suis devenu dessinateur comme beaucoup de dessinateurs, si ce n’est la totalité, j’ai un pseudonyme qui est construit comme celui du célèbre Hergé, c’est à dire que mes initiales, puisque je m’appelle Xavier N, mes initiales c’est X N et j’en ai fait un mot Ixène. Voilà, je fais ce métier comme indépendant, tous les quasiment tous les dessinateurs sont indépendants. Je travaille pour des clients réguliers, certains sont des employeurs en même temps qui sont des clients parce que quand on fait du dessin de presse, on est considéré comme un, c’est un métier de la presse, c’est une carte de presse, donc je suis payé comme un journaliste, c’est-à-dire à la pige, c’est-à-dire à la prestation, mais j’ai des salaires. Et puis l’autre partie, donc la communication ou l’édition, ce sont des factures. Enfin, c’est un statut d’indépendant sous lequel je travaille.

Minter Dial : Bien le délire Xavier qu’en France ça ne peut pas être considéré comme un métier typique en tout cas quand je conçois les les grandes écoles et les enfin la manière académique qu’est-ce qui t’a amené à être à à trouver cette voie

Ixène : C’est un petit peu la nature en fait c’est-à-dire que je suis né avec un don c’est comme ça que je le dis en toute modestie puisque je n’y suis pour rien j’ai toujours dessiné j’ai toujours dessiné mieux que les autres, c’est-à-dire que dès le cours primaire, je faisais des dessins, je dessinais tout le temps et mes maîtresses regardaient mes dessins et mes copains regardaient mes dessins et je les ai circulés, puis petit à petit, ça a été des caricatures de profs, ça a été des dessins humoristiques que je faisais circuler clandestinement pendant les cours. Donc j’avais déjà ce don pour le dessin, ce qu’on appelle un coup de crayon en français, et je suis né avec. Donc ça, je suis pour rien et je n’ai j’ai j’étais tellement présent et c’était d’une certaine manière quelque chose qui me prédestinait tellement que je l’ai refusé dans un 1er temps. C’est-à-dire que j’ai dit toute mon enfance, pendant toute mon adolescence, je disais non, je ne serai pas dessinateur, tout le monde me disait tu vas tu vas être artiste, tu vas tu vas faire ça et moi je ne voulais pas, je ne voulais pas pour plusieurs raisons, d’abord parce que dans ma famille, j’avais un grand-oncle qui était artiste peintre et qui tirait le diable par la queue, enfin il gagnait très peu d’argent, toute sa vie il a été misérable ou miséreux, mais il était admiré dans toute la famille pour être un artiste peintre, mais en même temps tout le monde savait qu’il n’avait pas un rond et donc ça, ça faisait déjà un petit peu un modèle de repoussoir qui était repris par mes parents de manière plus subtile, mais enfin il ne m’encourageait pas spécialement à développer l’art. Et puis d’autre part, parce que moi, j’étais intéressé par plein de choses, et notamment par l’actualité, par l’économie, par la politique. J’avais, et puis aussi par l’aviation. Donc, j’avais 2 pôles d’intérêt, l’aviation en général, j’aurais bien aimé être pilote, j’y ai renoncé assez tôt parce que je n’étais pas assez bon en maths, et puis la politique et les médias, et là j’avais envie d’être journaliste. Et donc j’ai commencé des études qui n’ont pas été vraiment terminées, mais j’ai commencé des études en vue d’être devenu journaliste. Et d’ailleurs, je suis en train de perdre le fil de la question, mais en gros, c’est comme ça que c’est parce que mes études n’ont pas fonctionné. Je je j’ai fait, j’ai commencé pas mal de choses en sciences politiques, en droit, en économie, sans les terminer, pour tout un tas de raisons qu’il serait trop long d’évoquer. Et devant l’échec de mes études, je me suis dit maintenant, qu’est-ce que je vais faire Parce que je me retrouve, je me retrouve après mon service militaire sans avoir de compétences officielles. Et donc, je me suis dit, il y a un truc pour lequel je suis naturellement compétenté le dessin. Alors je vais me, je vais devenir dessinateur et ça a été très long parce qu’il a fallu que je m’invente dessinateur, que j’acquiers des quelques techniques, que je trouve des clients qui veuillent bien me faire confiance la 1re fois sans avoir aucune référence et aucun titre et puis et puis 10 ans plus tard j’ai commencé à dessiner pour la presse et là ça a été une sorte de petite revanche parce que je suis revenu à la presse et aux médias par la porte du dessin. C’est ce qui est ce qui est bien finalement parce que c’est une bonne

Minter Dial : synthèse je trouve. Ce qui m’a frappé dans ce que tu as raconté, c’était pas de compétences officielles, mais des compétences naturelles.

Ixène : Oui, oui, parce que c’est, c’est vrai que, en plus on est en France. En France, le diplôme est quelque chose de très très important. Et puis de fait, quand vous avez fait que quasiment que des premières années de de de domaines déjà très généralistes, l’économie, les sciences politiques ou le droit, on ne peut pas dire que ce soit des domaines précis ou techniques, et bien vous n’avez pas de compétences. Donc je, il fallait quand même que je trouve quelque chose à vendre, il fallait quand même que je trouve quelque chose pour pouvoir gagner ma vie. Alors le dessin m’est apparu à ce moment-là comme le plus évident et Ça a été quand même très long pour moi d’accepter d’être dessinateur, d’accepter de me réconcilier avec cette espèce de prédestination que j’avais sentie à l’origine, cette espèce de chose instinctive qui était en moi. Et il m’a même fallu, je ne sais pas, plus de 10 ans pour comprendre que je pouvais choisir d’être dessinateur après. En fait, finalement, j’ai choisi mon métier, mais je l’ai choisi contre les événements, contre moi-même, je l’ai fini par le faire, et après, je l’ai choisi, et c’est à ce moment-là que je suis devenu pacifié, enfin qu’il y a eu cette pacification entre mon métier et moi.

Minter Dial : Est-ce que tu te considères alors artiste

Ixène : Oui, mais je me force à le dire, parce que j’ai toujours du mal à artiste pour moi, c’est un mot qui est qui est très prestigieux, enfin c’est ça ça inclut presque de la métaphysique quoi. Pour moi, un artiste, c’est quelqu’un qui qui va donner du sens au monde par la beauté, c’est quelque chose de très profond et je n’ai pas l’impression dans le dessin de presse, dans le dessin humoristique que je pratique au quotidien, je n’ai pas vraiment l’impression d’entrer dans cette définition-là, mais de fait, j’ai une activité artistique et je je je fais ce qu’on appelle des oeuvres. Ça aussi, j’ai du mal à le dire. Et ça fait de moi un artiste dans les faits.

Minter Dial : Ça a a 2 2 sujets le 1er c’est un 1 chanson le blues du businessman où Balavoine chante j’aurais voulu être un artiste Et enfin je me retrouve un peu dans le même contexte parce que le 2e sujet pour moi c’est que bon je suis maintenant je peux affirmer que je suis auteur, mais il y a toujours ça est-ce que je suis un vrai auteur parce qu’en fait je ne peux pas dire que je suis auteur artistique parce que je ne fais que de non fiction et c’est considéré dans l’échelle de de prestige moins prestigieux d’écrire non fiction que d’écrire la fiction donc je me retrouve avec les mêmes types de et de C’est intéressant

Ixène : je t’interromps pardon mais parce que tu vois, moi, j’essaye de dire que je suis artiste. Bon, je le dis, mais je ne suis pas auteur. Enfin, officiellement, c’est-à-dire qu’un auteur, c’est quelqu’un qui a écrit un livre. Pour un dessinateur, c’est quelqu’un qui va sortir un livre. Un livre qui est entièrement de lui. Moi, je fais des petits dessins qui paraissent dans les pages d’un magazine, qui paraissent sur un site internet, qui paraissent dans

Minter Dial : un

Ixène : journal, mais qui ne sont qu’une petite partie du journal. Et finalement, moi je suis actuellement, j’ai actuellement ce problème de ne pas être auteur. Quand je rencontre quelqu’un qui me dit tu es dessinateur, il me dit ah oui donne-moi un livre de toi, n’imaginais pas de livre de moi, il n’a jamais été réalisé de compilation de mes dessins Et donc, je rejoins ton, tu vois, tu as l’avantage d’être auteur. Moi, je ne le suis pas encore, j’espère le devenir, pouvoir avoir une œuvre à présenter, éditée.

Minter Dial : Mais pourtant, comme tout artiste a un beau portefeuille de réalisation, donc voilà, ça, c’est à ton honneur. Après, chacun son petit trajet à l’intérieur de tout ça. Et si de ton point de vue Ixène parce qu’on va parler de de ce que tu as fait mais aujourd’hui si tu regardes ton métier où est le rôle de de l’artiste dans la société aujourd’hui combien est-ce que tu es comment est-ce que tu évalues l’importance du rôle de l’artiste et combien ça a changé pendant les 30 ans que tu l’as exercées parce qu’on est passé par un certain moment.

Ixène : C’est difficile de répondre à ça moi de l’artiste son rôle à mon avis diminue parce qu’il est victime, enfin victime, il est, il subit 2 phénomènes, l’un qui est la crise de la presse. Moi, je parle, enfin je parle vraiment pour le papier. Je crois que le phénomène est moins fort dans la bande dessinée, par exemple la bande dessinée, je ne pense pas qu’il y ait une énorme crise, je pense même au contraire qu’il y a eu une grosse inflation de de d’oeuvres qui sont sorties, mais pour le le dessin de presse, depuis des années la presse baisse, ça c’était avant internet, le tirage papier descendait et il y avait de moins en moins de pages dans les journaux et de moins en moins de dessins. Et aujourd’hui, les pages ou enfin des espaces réservés aux dessinateurs sont carrément supprimés dans les grands journaux, le New York Times, ça

Minter Dial : Ah

Ixène : été beaucoup commenté à renoncer à un dessin de presse qui était avant occupé par un grand dessinateur qui s’appelle Chapat et en France, le Figaro n’a plus de dessinateur, le le monde n’a pas remplacé Plantu, donc vous voyez il y a de moins en moins de dessins, donc il y a moins en moins de dessinateurs, en tout cas il y a moins en moins de d’argent à gagner avec le dessin et c’est dommage parce que tu parlais d’influence et Plantu par exemple dans le monde était le le journaliste le plus lu du monde parce que personne ne pouvait prendre le journal le monde sans lire d’abord le dessin de Plantu. Il avait la plus grande influence de tous les journalistes de France. Pour moi, c’est phénoménal. Et en plus, c’est un papier qui est très rapidement lu, enfin c’est un éditorial en quelque sorte, dessiné, qui est très rapidement lu, très rapidement assimilé par le lecteur. Donc c’est vraiment d’une efficacité énorme, c’est une très bonne image pour le journal, et c’est pour ça que j’ai du mal à comprendre la régression. Mais c’est un type de média, le dessin de presse qui qui fait prendre trop de risques, je pense aujourd’hui c’est considéré comme trop risqué. En tout cas, pour répondre à ta question, je pense que le les artistes vus comme artistes de presse ou dessinateurs ou illustrateurs ont de moins en moins d’influence parce qu’il y a de moins en moins de travail qui leur est offert. Car par ailleurs, ils sont aussi aujourd’hui, ces nouveaux concurrencés par l’intelligence artificielle. Alors ça, c’est plutôt pour les, c’est plutôt pour l’illustration pure, c’est-à-dire un dessin qui n’est pas forcément éditorialisé, un dessin qui n’est pas forcément avec des textes, mais ça viendra. C’est-à-dire qu’il suffira à quelqu’un qui sait faire un prompt et qui a des bonnes idées, s’il sait manipuler l’intelligence artificielle, a priori, il peut remplacer un dessinateur sans savoir dessiner. Parce que l’intelligence artificielle utilisera, enfin fera la partie graphique, faudra la partie visuelle et lui fera le scénario qui est essentiel dans le dessin de presse du dessin de presse. C’est pour ça que j’ai du mal à dire artistique parce que dans le dessin de presse, ce n’est pas le dessin qui prime, ce n’est pas l’art qui prime, c’est d’abord l’idée et le texte.

Minter Dial : C’est quand même frappant ce que tu m’as dit parce qu’en fait je ne suis pas je ne je connais pas l’évolution comme ça et ça me frappe parce que on est dans une contexte où il n’y a plus personne qui veut lire parce qu’on n’a plus l’attention, on est dans la vidéo, l’image et et là on dit souvent en anglais en tout cas j’imagine qu’il y a une expression en français qui dit une image dit 1000 mots alors que c’est un peu différent dans un dessin politique ou un dessin comme tu le décris car en fait tu as des mots déjà dessus et tu dois orienter quelque part et alors donc c’est une lecture rapide donc qui correspond à l’attention de des lecteurs et puis et puis c’est un message qui qui frappe comme tu disais et donc c’est quand même désolant que ça on le mette pas et tu parles donc du risque c’est ça le problème on parle de Charlie Hebdo et combien ça t’a impacté toi ce phénomène qui évidemment est a pris enfin les dessinateurs ont pris un 1 prix fort là-dessus ça a dû t’impacter aussi.

Ixène : Oui, mais Charlie Hebdo, ça nous a impacté tous. Après, je pense vraiment que c’est un, la régression ou la diminution de la, de l’importance du dessin dans la presse précédait Charlie Hebdo et lui était étrangère. Bon Charlie Hebdo est un phénomène qui évidemment a énormément fait parler du dessin de presse. D’ailleurs dans un 1er temps, ça a occasionné un intérêt énorme sur le dessin de presse. Je me souviens qu’en 2015, j’avais été appelé à dans des écoles à aller parler de mon métier, j’avais été contacté par de la presse étrangère, par des par des médias ou des maisons d’édition étrangères. Il y avait vraiment une curiosité très soudaine sur le métier du dessinateur de presse qui s’est éteinte au bout d’un an, on va dire, et après on est revenu dans la tendance générale qui est celle de d’une baisse de de l’intérêt du public pour le dessin et de son importance dans les médias. Moi je me le jour de Charlie hebdo, oui je me suis senti concerné comme tous les dessinateurs parce que je savais très bien que des gens qui s’en sont pris aux dessinateurs de Charlie, des dessinateurs que par ailleurs je j’admirais parce que c’était des grands dessinateurs qui ont été tués ce jour-là, ils étaient là pour des raisons religieuses. Alors moi je dessine beaucoup pour la presse chrétienne depuis des années, donc je me suis, je je n’étais, je n’avais certes pas du tout la notoriété des gens qui sont morts ce jour-là, mais je me suis dit, ouh là, si jamais ils m’ont repéré, mes jours sont comptés parce qu’ils sont, ils ne pas spécialement pro chrétiens non plus.

Minter Dial : Pour dire la moelle des choses.

Ixène : Oui voilà. Mais c’était oui, c’était un événement qui nous a tous bousculés. Après, est-ce que c’est est-ce que c’est Charlie Hebdo qui a occasionné le fait que, par exemple, New York Times ait cessé de faire des dessins ou le monde Ça a sûrement influencé parce que ce jour-là, on a compris que le dessin de presse, c’était de la dynamite. C’était une, c’était de la dynamite parce que malheureusement quand quelqu’un n’a pas d’humour, il n’est pas dans la culture qui est quand même une culture très particulière, la culture occidentale, la culture française avec cette, ce goût pour la satire, ce goût pour la caricature et et le fait qu’on accepte d’être ridiculisé dans un dessin parce que c’est ça aussi à la base, la caricature c’est né de, au 19e siècle d’une tradition de charge. Le mot caricature vient de charge en italien, carricatola qui veut, qui veut dire vraiment on y va, on charge le trait, on charge le le dessin, on exagère et quitte à être malhonnête parce que c’est, c’est pas honnête d’être méchant comme ça gratuitement. Donc nous on a cette tradition et puis on a découvert soudainement que des pays dans le monde dans les civilisations tout entières n’avaient pas du tout cette culture-là et n’acceptaient pas la possibilité qu’on se moque ou qu’on se critique d’un prophète, mais ça va plus loin qu’un prophète, ça, je pense même que ça concerne les personnes. Ils n’ont pas du tout la même approche que nous et du coup les médias occidentaux ont pris peur parce qu’ils se sont dit ces personnes-là de ces religions-là sont installées chez nous maintenant elles font partie de notre lectorat, elles font partie de notre public. Alors évidemment.

Minter Dial : Donc ça veut dire qu’on perd si je j’interprète ou que je reformule que le sens d’humour de des gens qui ont attaqué en gros des musulmans férocement contre notre société, ils n’ont pas le sens d’humour et de fait, ils ont réussi à estomper notre capacité d’exprimer notre sens d’humour dans l’ouest.

Ixène : Oui, oui, je pense que c’est, ils ont réussi. Ils ont réussi, ils n’ont pas tout cassé, ils n’ont pas tout anéanti, mais ils ont réussi. Même moi d’ailleurs, en 2015, donc j’avais fait des dessins à la suite de Charlie Hebdo et il y avait des dessins dans lesquels je ridiculisais les islamistes. J’essayais, enfin je n’essayais pas, je prenais bien garde de ne pas mettre les les musulmans en général dans le même sac que les islamistes terroristes, Mais néanmoins, j’ai fait pas mal, j’ai fait un certain nombre de dessins qui à l’époque paraissaient dans le Figaro, enfin sur la partie numérique et réseaux sociaux du Figaro. Et et puis, il y a eu un attentat, je ne sais plus lequel c’était parce qu’il y en a eu plusieurs pendant l’année 2015. Je crois que c’est celui, ceux de novembre, ceux du Bataclan. Et là, j’ai fait un dessin qui partait du drapeau de Daesh. Drapeau de Daesh, un drapeau noir avec des inscriptions en blanc au milieu et puis En arabe. Que ce drapeau était sur un 1 très grand mur et il dégoulinait et il se transformait en

Minter Dial : en un jus qu’on

Ixène : pourrait considérer comme de la merde, dans lequel marchait quelqu’un, enfin, dégradait ce drapeau. Or ce drapeau dessus, il est écrit la profession de foi de tous les musulmans du monde, ce n’est pas ce n’est pas un drapeau qui dit nous sommes les terroristes, c’est un drapeau qui dit je ne sais plus je ne sais pas ce que c’est, mais ça en arabe, la profession de foi de tous les musulmans. Et du coup, ça a généré des réactions très vives sur les réseaux sociaux qui rapidement se sont se sont muets en menaces y compris en menaces de mort en menaces physiques contre moi et donc ma femme m’a dit mais qu’est-ce que c’est pourquoi tu pourquoi tu fais des dessins comme ça On ne va pas, on ne va pas y, on ne va pas tous mourir parce que tu as fait un dessin pour pouvoir te te lâcher sur, bon bref. Et et donc j’ai demandé à ce que le dessin ne soit retiré. Et puis après, j’ai retiré aussi d’autres dessins, et voilà et je me dis finalement ils ont gagné parce que j’avais fait un dessin alors c’est vrai le dessin était inutile ça sert à rien de de de se moquer d’un islamiste parce qu’il s’en fout en fait il ça va pas il va pas il va pas se mettre à réfléchir qu’on a fait un dessin qui lui dit qu’il est bête ou qui lui dit qu’il est, qu’il est fou, ça ça ne va certainement pas améliorer les choses. Mais a contrario, je me suis senti très lâche et très, et surtout vaincu quoi. Je me suis dit, j’ai demandé le retrait de mon dessin finalement ils ont gagné.

Minter Dial : Waouh merci de ce témoignage, ça amène à réfléchir. Il y a des métiers qui sont plus ou moins dangereux et pour revenir à la question initiale de l’artiste, le rôle de journaliste aujourd’hui, la liberté d’expression, la capacité d’analyse et d’exprimer son analyse aujourd’hui est devenue restreint de par notre propre société pas simplement à cause de d’une menace de la menace qui peut exister à travers des ennemis étrangers mais c’est pas fort. Le un sujet dont je voulais parler Xavier tu sais, ça a été comment tu comment vous parce que dans les dans Voltaire ou le Figaro comment est-ce qu’ils évaluent le succès de de de quelque chose en fait parce qu’en fait tu le mets sur les réseaux sociaux aussi donc il doit y avoir c’est pas simplement dans le journal enfin donc comment parce que beaucoup des écouteurs des auditeurs sont des plutôt dans le business et ils veulent faire passer un message publicitaire et caetera et et généralement on va tout de suite au combien de ventes ça a généré typiquement dans le journal on a besoin de garder le journal de de promouvoir l’achat et la lecture du journal pour la démocratie de la société quelque part en espérant que c’est bien écrit mais que voilà quel est quels sont les moyens de de juger le succès de tes dessins

Ixène : Alors les moyens évidemment avec depuis qu’il y a internet, c’est les audiences du dessin, en fait depuis qu’en tout cas le dessin est mis en ligne. En fait, je n’y ai pas tellement accès, c’est-à-dire que mes employeurs ou clients, en tout cas dans la presse, ne me disent pas ton dessin a super bien marché parce que je ne connais pas ça. C’est plutôt moi qui leur dit, vous savez ce dessin-là, sur les réseaux sociaux, quand je l’ai mis en ligne, il a vraiment cartonné à la fois en tant que partage pour les likes et puis pour les commentaires, donc il y a un gros engagement sur le dessin, mais ça, c’est moi qui le leur dis. Et c’est d’ailleurs un peu frustrant parce que par exemple avec Le Figaro, j’ai travaillé pendant 5 ans, j’essayais de mettre en avant le fait que les dessins généraient du trafic, généraient des liens vers leurs sites à partir des réseaux sociaux, des dessins qui ont été partagés 50000 fois, forcément ça a un gros impact ensuite sur l’audience, mais eux ne me disaient pas grand-chose et donc je pense que c’est une donnée qui est connue aujourd’hui. Évidemment, ils connaissent l’audience. Chez Boulevard Voltaire, c’est un peu plus transparent parce que là, je connais les audiences, des dessins sur leur site. Et puis moi, j’ai mon propre, j’ai mon propre scope qui est celui de mes publications. Les dessins, quand ils paraissent, moi, je les mets sur mes propres comptes 2 ou 3 jours après leur parution pour laisser quand même un petit peu d’exclusivité aux clients. C’est lui qui a payé le dessin. Donc, c’est normal que ce soit lui qui profite de de l’éventuelle audience du dessin, mais moi, j’évalue le succès d’un dessin à son audience en général. Voilà, si je veux, si je veux évaluer son efficacité, je n’ai que ça comme critère. Après, moi, je vais, je vais apprécier tel dessin qui n’aura aucun succès ou au contraire, je vais me dire ce dessin-là, il n’était pas terrible et puis il cartonne et je ne l’explique pas. Mais la seule donnée objective que j’ai, ce sont les vues et l’audience d’un dessin sur internet en général et sur les réseaux sociaux en particulier.

Minter Dial : J’ai eu beaucoup de journalistes par le passé sur mon site et j’ai observé enfin ils m’ont commenté combien leur rôle en tant que journaliste a changé et leur devoir de s’impliquer dans le les commentaires qui suivent Parce que précédemment c’était bon j’écris, j’envoie et vous vous démerdez. Ah merde, mais alors qu’est-ce que vous répondez à cette question-là qui est dans les commentaires Je bazarde, j’ai pas envie de parler de ça, ah ben non, ça fait partie de ton rôle aujourd’hui. Et enfin donc ça a beaucoup changé. Un élément quand tu as un dessin politique c’est quelque part quand même de de de faire un reportage sur un événement d’actualité quelque part et de provoquer quelque part j’imagine quand même une réaction enfin c’est pas l’objectif est-ce qu’elle est comment tu quel l’objectif tu te donnes quand tu vois un événement que tu as envie de commenter

Ixène : Oui l’objectif va être variable selon les cas mais globalement oui c’est quand même de susciter une réaction j’essaye de donner un point de vue j’essaye que ce point de vue soit pertinent et le plus souvent je, soit le dessin va être destiné à montrer quelque chose que les gens cherchent à cacher enfin sans aller dans le complot, mais à mettre en lumière un phénomène de pouvoir, de de réseau, ou mettre en lumière des incohérences. J’aime beaucoup jouer sur les incohérences, sur les contradictions chez les hommes, sur le fait qu’ils vont dire un truc un jour alors qu’il y a 2 ans, ils disaient le contraire, qu’ils agissent de manière inversement proportionnelle à leurs propos, que donc je vais essayer de de jouer sur les aspérités et de faire sortir ça pour donner du sens au dessin, pour donner du sens aux commentaires et que le commentaire apporte quelque chose parce que c’est difficile de de de faire un dessin, il faut que le dessin dise quelque chose que le lecteur n’a pas forcément vu ou qui va le faire réagir. Si par exemple c’est un 1 lecteur qui qui aime bien Emmanuel Macron, je vais, moi mon dessin qui est plutôt critique sur Emmanuel Macron, bien je vais essayer quand même de montrer en quoi la critique est fondée. Et donc ça va, oui, ça va obliger le lecteur à réagir. Lui-même, il va, il va être obligé de se dire ah oui, bon d’accord, c’est vrai, mais je l’aime quand même parce que parce que ceci ou parce que cela. En tout cas, il y a certains desseins qui effectivement sont destinés à faire réagir les gens et de plus en plus aujourd’hui on vit dans un monde où on a l’impression que les gens sont passifs. Enfin moi, c’est un sentiment que j’ai et que je déplore. Je trouve qu’en France, les gens sont très passifs vis-à-vis de beaucoup de phénomènes, notamment la liberté d’expression par exemple qui en France est, je trouve menacée directement par le pouvoir et par l’Union européenne aussi à travers des mesures prises sur les réseaux sociaux, sur internet, sur les accès, sur la pluralisme, sur le c news, sur machin. Ils ont, on sent qu’il y a des attaques et je trouve que les Français sont très passifs. Donc par exemple là, c’est un sujet sur lequel j’ai essayé de de bouger les gens quoi, j’ai envie que mon dessin serve à les secouer. Et puis parfois, c’est simplement en en utilisant une blague qui était qui qui existe enfin c’est même pas moi qui invente la blague c’est simplement que je la reprends parfois c’est pour montrer je sais pas là par exemple j’ai un crayonné j’ai un crayonné là, c’est le président Maduro et dans sa tête jaillit la, son opposante principale qui a eu le, qui avait eu, enfin il n’est plus président, mais c’était un dessin d’il y a un an ou 2 qui avait eu le prix Nobel. Et donc voilà, il est, dans le dessin, on voit qu’elle sort de ses cheveux, elle sort avec son petit drapeau et puis elle lui, elle le nargue quoi. Il n’avait pas prévu et ça s’est fait malgré toutes les précautions qu’il avait prises. Bon, c’est un dessin illustratif, il n’y a pas de texte, donc c’est un dessin qui qui essaye de montrer à la fois la colère du de Maduro et sa surprise. C’est un dessin que j’ai fait pour un journal suisse et ça, c’était un crayonné que je vous ai montré, c’est-à-dire la version qui précède. Bref, donc tout ça pour dire que le dessin, l’objectif c’est comme pour un éditorialiste, c’est d’apporter un point de vue, C’est un dessin qui est en général engagé. Donc, ce n’est pas de l’information au sens strict. Je ne suis pas, tu disais tout à l’heure reportage. Malheureusement, je, enfin, malheureusement ou heureusement, je ne suis pas reporter. Je suis dessinateur, donc c’est plutôt, c’est plus près de l’éditorialiste que du reporter. C’est quand même un métier de la presse parce que ça contribue à susciter la réflexion chez des gens. Ça apporte une petite pierre au débat général, à la conversation publique, parce que c’est un point de vue et que, comme tous les points de vue, il mérite d’être entendu. Alors, j’utilise le dessin parce que le dessin, même si dans le dessin de presse, c’est l’idée et le texte qui prime, le dessin est quand même au service de l’idée. Il faut qu’il l’appuie, il faut qu’il l’illustre, il faut qu’avec le dessin, on apporte, on apporte quelque chose. Par exemple, là, ça, c’est un dessin sur le Amené. Le Ormuz sur le détroit d’Ormuz et donc vous voyez on voit le dessin est vraiment sans bulle donc il y a sans texte et on voit que on sert le détroit d’Ormuz, qu’il y a une contrainte qui est exercée. Donc c’est pour mettre en parallèle le, je ne trouve plus le mot, quand ils ont fermé le détroit d’Ormuz, ça porte un nom, le, ce n’est pas le boycott, mais c’est peu importe.

Minter Dial : Oui, c’est ça, la fermeture, en tout cas. Oui, la fermeture. L’étranglement. On

Ixène : étrangle un baril de pétrole, et puis en échange de quoi, Trump étrangle le guide suprême de la révolution. Voilà donc l’objectif d’un dessin de presse est assez difficile à définir mais c’est de donner un point de vue.

Minter Dial : Alors j’aurais voulu parler de beaucoup de choses Xavier je vais essayer de me cantonner d’abord d’abord je voulais parler de de du documentaire pour lequel tu as élisé une série de de dessins s’appelle bienheureuse qui était qui est sorti il y a à peu près non évidemment par rapport à tes dessins et les choses dont on parle je vais mettre un maximum de de liens dans les pour que les autres qui écoutent en train de marcher leurs chiens ou je ne sais pas quoi vont aller chercher pour aller creuser un peu plus mais parle-nous de de ton travail que tu as fait qu’est-ce que tu as appris en faisant des dessins dans ce cette média un peu médium un peu différent de ce que tu as l’habitude de faire.

Ixène : C’est un ami qui s’appelle François Lespesse qui a réalisé un film, un film ou un documentaire, on peut l’appeler des 2 manières qui s’appelle Bienheureuse et qui parle de des de religieuses, d’un couvent de Compiègne ont été victimes de la révolution française, elles ont été exécutées parce qu’elles étaient religieuses en fait, donc elles étaient 16 si mes souvenirs sont bons, elles sont bien heureuses depuis des années, c’est-à-dire dans l’église catholique, c’est la l’étape qui précède la canonisation et je crois que maintenant elles vont être canonisées ou si ou elles l’ont été récemment, je ne sais plus et c’est voilà et donc François il voulait raconter l’histoire de ces religieuses qui, il avait été extrêmement touché par leur histoire parce qu’elle a été racontée elle est par par un écrivain en France, par un autre film aussi et mais lui il voulait vraiment faire un documentaire pour raconter leur histoire là vraiment leur histoire en dehors de de toute fiction, il voulait essayer de revenir au fait tout le déroulement de ce procès et de cette exécution et puis évidemment comme c’est un événement qui a évidemment, comme c’est un événement qui a eu lieu en dix-sept-cent-quatre-vingt-treize, c’est, il n’y a pas tellement de d’images disponibles. Il y a quelques tableaux qui existaient, mais ça, c’était limité et lui, il voulait que certains passages de son film et certaines de ses sentiments puissent être exprimés à travers des images. Donc il m’a dit Xavier, est-ce que tu pourrais faire ça Alors je lui ai dit, ce n’est pas ma spécialité, moi je fais du dessin d’humour et qui a un petit peu un air de BD quoi. Mais je lui ai dit, je peux essayer parce que je fais aussi des dessins aquarellés, ça me paraît être une forme intéressante, mais il m’a dit, oui, mais ça serait un peu trop plat parce qu’il faudrait que le dessin soit un peu animé. Je lui ai dit, ça va être beaucoup plus compliqué pour moi parce que

Minter Dial : je ne maîtrise pas la technique,

Ixène : et on a fini par Et on a fini par trouver un compromis sur un dessin dans lequel on peut rentrer, dans lequel on peut bouger avec des histoires de champs. Donc il y a un 1er plan, un 2e plan, un 3e plan, parfois un 4e et un 5e plan et lui après avec un logiciel, il superpose les plans et il arrive à faire en sorte qu’on puisse naviguer dans le dessin parce que la matière existe, donc il y a il y a un 3e plan et le personnage qui est au 1er plan cache le 3e plan, mais si on se décale vers la droite, on verra une partie du 3e plan qui était cachée. Voilà, donc j’ai pu faire ces dessins, alors ça m’a obligé à travailler un petit peu, même beaucoup, les costumes, la manière de s’habiller de l’époque, les décors, un certain nombre d’accessoires, de rentrer dans cette histoire-là et puis de travailler aussi sur une nouvelle technique, mais qui permettait parce que c’est de l’aquarelle, donc c’est un truc un peu plus classique, c’est du crayon, ce n’est pas trop fini et ça permettait justement de rester dans un dessin qui peut être, chacun peut le lire à sa manière. Et il n’est pas, il n’est pas figé, il n’a pas un trait très marqué, il n’est pas très, voilà ça donne à la fois un aspect classique et ancien qui peut, qui permet de rentrer dans cette histoire qui a plus de 2 siècles et un rendu, je ne sais pas comment dire, un peu plus à la fois poétique, plus artistique. Pour le coup, je me suis senti plus artiste en faisant ça qu’en faisant des dessins de presse parce que c’est un des, c’est une forme classique que l’aquarelle et le crayon.

Minter Dial : Certes et tu as parlé de la technologie et on a évoqué un peu le lien avant mais d’abord j’ai envie de dire il me semble important parce que par rapport à un journaliste classique on est censé être objectif et rapporter l’effet des 2 côtés machin donc toi tu affiches un 1 partie pris un point de vue et quant à l’IA aujourd’hui c’est tellement facile de dire mets-moi un texte dans l’esprit de, dans la voix de et voilà une base de données qui qui montre tout ce qui a été écrit ou dessiné par quelqu’un et fais-moi quelque chose aujourd’hui. Donc tu dis à le prendre qui arrive. Est-ce qu’il y a quelque chose que tu peux garder ou et comment est-ce que tu peux faire valoir ton esprit singulier de Xavier N qui qui va toujours garder une longueur d’avance quelque part par rapport à l’IA. Et je voudrais juste contenir le l’idée c’est que et comme je on va parler des business juste avant après, c’est que pour que tu puisses toi utiliser l’IA il faudrait que tu puisses définir exactement ton point de vue tes valeurs exactement pas juste le mettre le mot ce qui est important pour moi c’est la religion ou la famille c’est quelle religion quel type de famille ça veut dire quoi et caetera pour que cette IA puisse s’imprégner de de qui tu es quels sont tes fondements les la structure de ta pensée afin d’ensuite réaliser la nouvelle pour les l’événement qui va se passer demain quand arrive Macron ceci cela et comme ça toi tu pourrais utiliser l’IA mais évidemment si tu fais ça il y a toujours le risque que l’IA ou quelqu’un prend tout ça et copie encore plus donc tout ça c’est pertinent par rapport à quelqu’un qui dans le business qui va aussi être en train de réfléchir à l’IA donc 1re question c’est comment est-ce que est-ce qu’il y a un élément que tu peux garder le sens humaine humain naturel de de Xavier et de 2 est-ce que tu as imaginé toi-même d’utiliser l’IA dans ton travail Alors

Ixène : moi d’abord j’ai une approche extrêmement méfiante de l’IA je suis tout à fait conscient du fait que la révolution est en cours et qu’elle sera irrépressible on peut pas on peut pas s’y opposer mais je dois dire très franchement que j’ai pas vraiment envie d’y participer je ne suis pas exactement en fin de carrière mais enfin je n’ai pas l’âge de me repenser entièrement. En tout cas, je ne me sens pas l’énergie de le faire et encore moins de m’adapter à une technologie. Quand j’ai réfléchi à ça en me disant par exemple quel comment est-ce que je pourrais prompter une IA pour qu’elle fasse mon travail à ma place parce que c’est un peu ça la question que tu poses est-ce que je pourrais faire une IA qui qui fait mon boulot d’abord j’en ai pas envie et puis je ne vois pas comment c’est possible. Enfin, je ne, je pense qu’une IA, même très développée, ne pourra pas reproduire le dessin que je fais tel que je l’aurais fait parce qu’elle ne sait elle peut pas deviner comment j’aurais fait mon dessin moi-même.

Minter Dial : Mais tes neurones restent tes neurones.

Ixène : Alors ça je ne sais pas ce que ça veut dire.

Minter Dial : Ben attends cerveau, ton cerveau.

Ixène : Oui, pardon, pardon, pardon, pardon, pardon, pardon, pardon, pardon, pardon, pardon, parce que tes neurones, j’ai compris, j’ai cru que

Minter Dial : tu me

Ixène : disais une citation en latin.

Minter Dial : Ah oui, non, non, non, non, non, je ne suis pas comme ça.

Ixène : Non, non, non, non, non, non, non, oui, bien sûr. Je peux

Minter Dial : en revanche mal prononcer les mots, ça, c’est sûr.

Ixène : Mais là, voilà, je ne suis pas, je pense que je suis irremplaçable comme chaque individu sur terre parce que j’ai ma manière originale de fonctionner même quand je commence un dessin je ne sais jamais comment je vais le faire le le portrait de machin ou le portrait de bidule il est à chaque fois différent. Je ne me reproduis pas, je ne duplique pas des choses tandis que l’intelligence artificielle fonctionne que d’après ce qu’elle connaît, d’après le document qu’elle va, enfin les données qu’elle va qu’elle va collecter, elle va en faire une synthèse. J’ai eu beaucoup de mal à m’imaginer qu’elle puisse être créative autant pour l’idée que pour la manière d’exécuter un dessin. Elle fera quelque chose qui ressemblera à ce que je fais, c’est certainement qu’elle y arrivera, mais bon au départ de toute façon je pense que le problème est que moi je n’en ai pas Je pense que je ne

Minter Dial : Pas forcément un problème.

Ixène : Voilà oui, je pense qu’en tout cas ma créativité sera toujours supérieure à celle d’une intelligence artificielle et qu’elle sera toujours originale, plus singulière parce que je suis une personne et une intelligence artificielle n’est pas une personne parce que je j’ai une conscience, une âme, une intelligence qui me sont propres et que et qui ne sont pas imitables enfin ou alors imitables mais de manière dégradée voilà donc je ne vois bien la menace je pense que je ne peux y réagir enfin à vrai dire je compte aussi beaucoup sur les gens sur on le voit d’ailleurs un petit peu émergé ici ou là les gens qui en ont déjà marre en fait de de ce que propose l’IA ils voient bien que soit de la vidéo, que ce soit de l’écriture, que ce soit de l’image, de la photo, ils le sentent quand c’est de l’IA. Ils voient bien que l’IA leur propose toujours la même chose. Vous voyez hier dans le métro, non ce n’était pas dans le métro, dans un centre commercial, il y a eu une enseigne qui a décidé de faire des grandes affiches qu’elle met sur ses vitrines avec des, c’est du prêt-à-porter féminin. Je ne nommerai pas l’enseigne. Et dessus, il y a une femme, c’est des photos superbes. Il y a une femme qui est dans 3 ou 4 images différentes, c’est de l’IA. Pourquoi C’est de l’IA, parce que c’est le même visage que je vois absolument partout. Dès qu’on demande à l’IA de faire une belle femme qui a 25 ans, ils font tout le temps la même, c’est le même visage avec les mêmes critères de beauté. Donc ça ne m’intéresse pas, j’ai vu ça et le 1er truc que je me suis dit, ce n’est pas oh la jolie photo, je me suis dit oh cette femme n’existe pas et ça ne m’intéresse pas de, ça ne m’intéresse pas en fait de lire des choses écrites par quelqu’un qui n’existe pas, par quelqu’un qui, ce n’est même pas une personne. Je voilà, donc je pense que le dessin, comme beaucoup d’autres procédés créatifs ou artistiques, va aussi bénéficier de la lassitude des gens face à l’IA qui de toute qui même très évolué et même très sophistiqué reproduira quand même quelque chose de standardisé d’aseptisé il y a quelque chose de il manque, il manque une vibration dans ce que fait l’IA. Et moi, moi, ma seule issue, ça va être de d’accentuer sur cette vibration, quitte même, je me pose la question en ce moment, par exemple, je fais mes dessins, la couleur de mes dessins, je le fais sur Photoshop, je fais ça sur écran et je suis en train de me demander si je ne vais pas revenir à l’aquarelle, à la mise en couleur naturelle, technique classique, parce que justement, ça va accentuer l’aspect authentique de mon dessin. J’ai presque envie de faire ça en ce moment pour réagir à cette IA. Donc je suis, j’ai un discours un peu confus sur l’IA mais c’est parce que j’aime pas ce monde-là, même si ça va faire des progrès énormes en termes d’efficacité sur des tâches répétitives ou des métiers qui sont extrêmement formatés, appliqués à l’art, ça me, ça me, ça me, ça me donne pas du tout envie, ça m’inspire.

Minter Dial : Et je te comprends. Le dernier chantier ou enfin champ de questions, c’était parce que tu es aussi tu travailles pour des entreprises.

Ixène : Oui.

Minter Dial : Qui est un métier très différent de faire des dessins politiques pour un journal et je me demandais comment tu comment tu dois t’adapter par rapport à un brief à quel point tu dois te plier à la demande par rapport à ta nature par rapport à ton point de vue et si tu avais un conseil consigne à donner à celui qui te brief, ce serait quoi

Ixène : Alors je lui donnerais comme consigne de de tout me dire, c’est-à-dire y compris s’il veut que je dessine son idée, il me le dit d’emblée. Que moi ça ne me pose aucun problème quand je travaille avec des entreprises, je n’ai aucun problème de créativité et de comment dire, je n’ai pas de caprice d’artiste en fait. C’est-à-dire que si l’entreprise, s’il y a un gars qui est prêt à me payer 400 euros pour dessiner son idée du moment qu’il me le dit ça va à moins que l’idée soit vraiment pourrie que j’ai vraiment pas du tout et que j’ai pas envie de le signer parce que c’était ça me fait honte mais voilà s’il veut que je dessine quelque chose de précis, il me dit voilà je veux un personnage qui est devant un ordinateur et qui dit ceci à sa collègue pendant qu’il boit un café, je le ferai. Parce que ça m’est arrivé très souvent d’avoir des briefs de personnes qui cherchaient à ce que je dessine une idée, mais sans me le dire parce qu’ils croyaient qu’ils respectaient ma créativité et mon indépendance d’esprit en me disant voilà, alors on aimerait un sujet, un dessin sur tel sujet qui montre tel aspect de la vie de bureau dans une entreprise. Mais en fait, au bout de 4 crayonnés que je leur avais soumis et qui me refusaient, je me suis aperçu qu’ils cherchaient à me faire glisser vers une idée qu’ils avaient des débats. Donc ce que je donne comme idée, faites un brief précis, y compris si vous avez déjà vous-même une idée parce qu’en plus ça peut nous aider, nous les dessinateurs, on n’est pas toujours inspiré sur tout tout le temps. Donc si vous avez une idée précise, vous la dites. Si vous voulez que ce soit si vous voulez épargner telle personne dans votre entreprise ou tel aspect de la culture de votre entreprise parce que moi je fais des dessins d’humour donc je suis un petit peu ironique. Donc si vous voulez que je ne sois pas trop ironique, vous me le dites et tout se passe bien. Donc le le travailler avec une entreprise, franchement, c’est un truc que j’aime beaucoup. J’ai découvert des tas de secteurs économiques, des des j’ai découvert des univers qui me sont complètement étrangers dans l’industrie, dans les services et ça m’a beaucoup intéressé et ça m’intéresse encore beaucoup. Mais il faut avoir un brief précis et et dans lequel on on ne cherche pas à aménager la susceptibilité du dessinateur.

Minter Dial : Sur le sujet de du de l’entreprise et des chefs aujourd’hui, j’ai eu un 1 canadien Jocelyn Haas sur mon podcast qui est comédien et il fait souvent c’est la comédie en entreprise avec le le besoin d’apporter une source d’humour parce qu’on rigole plus trop dans les entreprises donc c’est le 1er besoin mais de 2 en tant que je sais pas comment on dit ça en français mais un Jester (fou du roi) quelqu’un qui est capable de faire apparaître des incohérences comme tu parlais tout à l’heure et c’est que le nombre de fois que j’ai été dans l’audience en train d’écouter quelqu’un du travail parler et je disais ah oui on est fort passionné et puis je dis oh là là ah bon enfin ouais on roule les yeux on se lève les yeux vers le ciel en disant bon moi c’est du pipeau Quand tu es, tu fais aussi des événements directs parfois n’est-ce pas

Ixène : Ça peut arriver oui j’ai fait 2 ou 3 fois, oui, tu descends en direct.

Minter Dial : Et est-ce que tu as combien tu enfin au sein de toi, combien de fois t’as envie de faire apparaître l’incohérence qui a l’entreprise et et est-ce que ce sera pas mieux que le patron qui te briefe dise ah oui mais si Xavier tu trouves quelque chose d’incohérent dans ce que je dis je te prie de le montrer

Ixène : oui mais ça serait très bien et je pense que sur les 3 fois où j’ai fait du dessin en direct, il y a une fois où il m’avait laissé vraiment libre, il m’avait dit tu peux y aller, on a décidé de jouer la carte de l’humour, tu es libre et ton dessin sera vu, voilà. Après, moi, je suis dans une approche bienveillante aussi d’entreprise, je suis là pour répondre à son besoin. Le 1er besoin, quand on fait du dessin en direct ou même quand on travaille pour de la communication interne ou externe, enfin sur la communication, en gros, ça implique l’image de l’entreprise. Enfin sur la communication en gros, ça implique l’image de l’entreprise. De manière générale, de toute façon, dessin apporte, parce que la 1re chose que je dirais à une entreprise justement, c’est faites appel à des dessinateurs parce que le dessin attire l’œil. Les gens lisent beaucoup plus volontiers n’importe quelle publication si elle est illustrée par un dessin et a fortiori, si c’est un dessin qui est capable de mettre un petit peu en abîme tous vos problèmes ou vos personnages ou votre politique parce que les gens aiment bien voir qu’ils sont gouvernés par des personnes qui ont le sens de l’humour, qui sont capables d’avoir du recul sur elles-mêmes, qui sont capables d’accepter, oui, une certaine forme d’ironie ou de sarcasme. Maintenant, moi, je comprends très bien que dans le cadre d’un séminaire, on n’a pas besoin d’avoir quelqu’un qui vient démolir tout ce qui est en train d’être dit. Donc, moi, je serai au service du séminaire et des gens qui l’organisent, S’ils veulent qu’il y ait un petit peu d’ironie, mais pas trop, on va essayer de s’entendre avant sur le dosage, mais je comprends très bien que quelqu’un n’ait pas envie de me laisser complètement libre de de de taper sur lui et en plus moi j’ai envie de garder mes clients donc si j’arrive et que je suis trop corrosif à la fin mon client je l’ai plus.

Minter Dial : Oui oui bien sûr en fait quelque part je je fais preuve de mon point de vue et le besoin de d’une entreprise de de faire apparaître ces incohérences parce qu’au au final ça l’air tue ces incohérences qui font langue de bois qui qui font que la communication est confuse et on et on essaie de tout faire faire bien pour tout le monde et on finit par rien faire pour bien pour personne et voilà ça c’est plutôt mon point de vue Xavier donc tu es tu

Ixène : n’es pas cancer. C’est un très bon point de vue mais simplement je pense que dans un événement public c’est c’est risqué parce qu’ils ont

Minter Dial : pas il

Ixène : vaut mieux qu’ils soient capables d’entendre ça en comité plus restreint.

Minter Dial : Oui oui c’est ça et puis digérer et puis savoir comment gérer enfin voilà donc ça c’était juste pour aller quelque part Xavier superbe merci beaucoup de de ça je voulais faire juste un 1 petit clin d’oeil à une amie Christine Macaye qui a déjà une société qui s’appelle salamandra qui fait des dessins graphiques mais animés et pour le business et et je fais écho avec elle sur ce sujet de d’apporter le de dessin et parfois une touche humaine, une touche un peu de sens d’humour créative qui qui manque gravement aujourd’hui dans beaucoup d’entreprises mais pas tous évidemment. Voilà avec ça comment est-ce que quelqu’un pourrait te contacter t’embaucher pour faire en live ou bien avec bienveillance ou bien faire un dessin pour les magazines internes ou je sais pas quoi quels sont les moyens et puis pour comprendre tes oeuvres et tout est où est-ce que quelqu’un pourrait mieux trouver tes dessins que tu fais pour les journaux

Ixène : Alors mes dessins pour la presse on les trouve sur les réseaux sociaux donc j’ai un compte Twitter x j’ai un compte Facebook et un compte Instagram sur lequel à peu près tous les dessins d’actualité sont publiés. Pour mes dessins professionnels, pour l’instant, ils ne sont visibles que sur mon site qui a été refait il n’y a pas très longtemps. Ah bon Oui, je ne l’ai pas et je ne l’ai pas beaucoup animé, mais c’est un dessin, c’est un site qui était destiné à être, à présenter justement mes dessins non politiques parce que c’est une activité que je veux garder et qui est importante pour moi. Et pour me contacter, j’utilise soit la forme, soit le formulaire qu’il y a sur le site, soit je vous laisserai un lien que je te laisserai un lien que tu me mettras sous le podcast pour m’écrire directement. Moi, je serai bon accueil à toutes leurs demandes parce que j’ai vraiment, je suis toujours très ouvert à des collaborations avec des entreprises. C’est toujours c’est parfois difficile mais c’est très intéressant.

Minter Dial : Ouais chouette. Pour être clair le site ton site s’appelle Ixène.fr.

Ixène : Pardon j’ai oublié de le mentionner Ixène.fr.

Minter Dial : Il y avait voilà il n’y a pas de quoi c’est pourquoi j’existe Ixène ! Xavier, je te remercie beaucoup et à très bientôt.

Ixène : A très bientôt merci beaucoup.

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