Du Sport à la Magie : Jocelin Haas Connecte l’Entreprise à l’Émotion (MDF170)

Pourquoi le jeu, l’humour et la connexion humaine transforment le business – Rencontre avec Jocelin Haas

Dans cet épisode, j’ai eu le plaisir d’accueillir Jocelin Haas — un homme au parcours atypique, entre sport, comédie, stand-up, magie… et interventions auprès des plus grandes entreprises. Originaire de Paris, Jocelin a également vécu à Hawaii, au Canada, et construit sa carrière à la croisée du business, de la scène et du sport. Sa curiosité, sa capacité à créer du lien et le goût du jeu sont son ADN. À travers la conversation, nous avons abordé ses racines, son expérience de haut niveau au tennis de table, ses années comme G.O. au Club Med, son passage sur les planches de Toronto ou New York, jusqu’aux cérémonies de mariage qu’il anime avec finesse et humour. Cet échange dévoile pourquoi la dimension ludique, la créativité et l’humour sont souvent les ingrédients manquants dans le monde professionnel. Jocelin partage comment le jeu crée une cohésion unique, pourquoi l’autodérision humanise le speaker, et ce que la confiance acquise à l’étranger lui a apporté pour dépasser les codes parfois rigides de la culture française. Nous avons exploré ensemble la solitude du leader, l’art du storytelling et de la narration, la puissance de l’écoute active, et le rôle du « bouffon du roi » pour débloquer les situations figées.

Points clés :

  • Le jeu, c’est la clé de la cohésion — même en entreprise. Recréer un espace ludique permet de réveiller l’âme d’enfant, d’apporter authenticité et sincérité dans les échanges, et de libérer les collaborateurs du carcan trop sérieux du business.
  • L’humour bien dosé commence par l’autodérision. Jocelin montre comment rire de soi permet d’établir une connexion immédiate, de désamorcer les tensions, et de taquiner l’auditoire sans jamais le mettre mal à l’aise.
  • La capacité d’écoute du public est fondamentale. Sur scène comme dans la vie d’entreprise, il faut ressentir le rythme, lire les réactions, et s’adapter pour réellement capter l’attention et pousser à l’action — quitte à devenir le « bouffon du roi » qui ose dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas.
  • Un épisode pour tous ceux qui cherchent à infuser davantage de jeu, de créativité et d’authenticité dans l’entreprise — et à embrasser l’imperfection humaine.

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    Crédits pour la musique : Le morceau au début est grâce à mon ami Pierre Journel, auteur de La Chaîne Guitare. J’ai également une chanson que j’ai co-écrite avec mon amie à New York, Stephanie Singer: « A Convinced Man. » Celle-ci a été écrite et enregistrée dans les années 1980 (d’où la qualité dégradée de mon enregistrement).

    Transcription de la conversation par Castmagic.io


    Minter Dial :   Jocelin Haas, alors grand plaisir de t’avoir, je suis, enfin, j’adorais ton profil qui était un espèce de mix de business, du sport, comédie, film, mon dieu, t’as fait tellement de choses, mais dans tes mots, Jocelin, qui es-tu ?

    Jocelin Haas :  Déjà, écoute, merci beaucoup, Metteur, de me recevoir. C’est un honneur, vraiment. Qui je suis ? C’est une question philosophique. Qui je suis ? Je suis un garçon, un homme qui a grandi en région parisienne. J’ai un grand frère, une petite sœur, très joueur de nature, très curieux des autres, toujours besoin de connecter, de partager un moment avec les gens depuis tout petit. Et voilà, je suis né donc en France. Et ensuite, j’ai vécu à Hawaii. J’ai travaillé pour le Club Med.

    Minter Dial :   Tu étais un G.O.?

    Jocelin Haas :  J’étais un G.O., oui. J’étais un G.O. fitness. Enfin, je ne sais pas si ça répond à la question de qui je suis, mais je suis quelqu’un de plutôt enjoué, énergique, un peu candide, qui a besoin de rencontrer des nouvelles personnes assez souvent.

    Minter Dial :   Et tu as passé du temps au Canada aussi.

    Jocelin Haas :  J’ai passé dix ans au Canada, donc je suis devenu Canadien en prêtant serment à l’époque, puisqu’elle était encore de ce monde, notre chère reine d’Angleterre.

    Minter Dial :   Plein de choses qu’on a en commun, évidemment. Juste pour que les gens te connaissent un peu mieux, tu as fait du sport haut de niveau. Explique-nous ton parcours dans le sport.

    Jocelin Haas :  Alors, je n’étais pas vraiment au niveau, j’étais en pré-nationale, j’ai fait beaucoup de tennis de table. Je rêvais d’être champion du monde. À l’époque, il y avait un champion du monde qui s’appelait Jean-Philippe Gassien, un Français gaucher. Et je pense qu’il y a eu un gros engouement sur ce sport-là dans les années 90. Et moi, je trouvais ça admirable. J’ai été impressionné par le fait de pouvoir retourner une petite balle sur une cible pas si grande et à une telle vitesse.

    Minter Dial :   À une distance en plus. Parfois, vous êtes à trois, quatre mètres derrière, c’est incroyable.

    Jocelin Haas :  Oui, quand on atteint le niveau. Tu sais, le tennis de table, c’est l’un des seuls sports où quand on parle, n’importe qui te challenge. Ils ont tous joué dans un camping ou chez leur père et ils te disent « je pense que je peux te battre ». En fait, je leur réponds tout simplement, tu ne peux même pas retourner le service. Il y a tellement d’effets dans le tennis de table, c’est tellement technique que c’est beaucoup plus difficile qu’on le pense. Ce n’est pas très cardio, mais c’est très explosif. Tous mes potes qui ont fait du tennis de table, on a tous des bons abdos et il y a un bon crochet du droit ou du gauche, dépendamment de la main qu’on utilisait pour jouer.

    Minter Dial :   J’ai un souvenir d’un grand joueur de table tennis, je ne me souviens plus qui c’était, mais il a dit « Minter, pour retourner mon service, de quel côté veux-tu que ça sort ? »

    Jocelin Haas :  Exactement !

    Minter Dial :   Ça m’a frappé ce culot de dire « Non, non, attends, je vais remettre la balle. Ouais, ouais, ouais, bonne chance. » Comme tu dis.

    Jocelin Haas :  Tu ne l’as pas remise ?

    Minter Dial :   Non, bien sûr, je l’ai remise de gauche comme il l’a dit. Et puis le fait que tu as parlé du gaucher là, car on dit souvent que les gauchers sont plus créatifs. Quand tu as joué contre un gaucher, parce que moi je joue beaucoup au sport de racket aussi, quand tu joues contre un gaucher, qu’est-ce que ça te fait ? Est-ce que tu as remarqué des choses par rapport au gaucher dans ta vie ?

    Jocelin Haas :  C’est marrant que tu dises plus créatif parce que moi, j’ai le sentiment, par ma modeste expérience, de tous les joueurs que j’ai rencontrés, mais même dans le sport en général, je ne sais pas si c’est de la créativité, mais ils ont un toucher de balle, ils ont une finesse. C’est peut-être ça que tu voulais dire. Moi, je trouvais qu’ils ont un bon toucher de balle, ils sentent bien la balle. Tu vois, ils contrôlent bien, ils placent bien, ils ont une finesse de jeu. Mais moi, personnellement, j’aimais bien jouer contre un gaucher. Moi, ça m’allait bien. Oui, ça change tout puisque ce n’est plus toutes les mêmes ouvertures au niveau des angles. Je suis en position de service au tennis de table, je cherche sur un gaucher, je vais servir très croisé dans son petit côté coup droit, je vais le déporter.

    Jocelin Haas :  On va se déporter beaucoup plus facilement que contre un droitier. Moi, j’aimais bien jouer contre les gauchers.

    Minter Dial :   Ça c’est chouette. J’ai deux enfants gauchers, je viens d’écrire quelques articles sur les gauchers, et dans mon constat c’est que quand ils s’entraînent, quand ils se forment, généralement c’est pas avec un gaucher. Généralement ils s’entraînent avec un droitier, c’est la majorité, 90% des gens, et donc du coup, quelque part, il doit s’approprier de lui-même ces mouvements. car il ne peut pas refléter exactement le moment que fait l’autre. Et par ce phénomène, il doit chercher une capacité qui est la sienne, pas simplement celle qui est enseignée.

    Jocelin Haas :  C’est ta théorie ?

    Minter Dial :   C’est une théorie. J’ai cherché des gens qui ont réfléchi à ça, mais je n’ai pas trouvé.

    Jocelin Haas :  Moi, j’avais cru comprendre que ça pouvait être lié au cerveau, tu sais, aux hémisphères.

    Minter Dial :   Bien sûr.

    Jocelin Haas :  Et que quand tu étais gaucher, tu n’utilisais pas les mêmes parties de ton cerveau que quand tu étais droitier.

    Minter Dial :   Ça, c’est constaté. Ils ont fait plein d’études là-dessus, sur la latéralisation des deux cerveaux. Enfin, ce n’est pas juste pour dire… Les études montrent que ce n’est pas simplement un côté versus l’autre, c’est comment les deux interagissent, c’est ça qui fait le flot de ça. Et quelque part, ça m’amène à ce point qui est le jeu. dont tu parlais, tu es quelqu’un qui aime le jeu et tu es de nature joueur comme ça, on va dire. Combien penses-tu dans tes entretiens, parce que tu fais plein de choses dans les grands groupes et dans le business, combien le jeu est manquant et qu’est-ce que ça apporte le jeu dans le business ?

    Jocelin Haas :  Oh là là, le jeu est tellement manquant, surtout en France. Je trouve qu’on a encore une approche, en tout cas pour le type d’intervention que je fais dans les séminaires ou les remises de récompenses, les remises de prix, etc. Ça reste un petit peu vieux jeu encore en France. Ils ont du mal à laisser le show, le jeu, l’improvisation surgir. Et moi, je trouve que l’importance du jeu, puisque moi, ça fait partie de mon style, donc bien évidemment, je ne l’impose pas, mais je le suggère fortement, eh bien, tout simplement, ça permet de sortir un peu du sérieux du cadre professionnel et de créer de la cohésion, tout simplement, entre les collaborateurs.

    Minter Dial :   Pourquoi est-ce que ça crée de la cohésion ?

    Jocelin Haas :  Le jeu, ça crée de la cohésion parce que déjà, tu éveilles l’âme d’enfant chez l’adulte. Et donc, indirectement, je pense que quand tu éveilles l’âme d’enfant chez l’adulte, tu arrives à faire tomber un peu les masques. Et donc, il y a un peu plus de sincérité, un peu plus d’humain, tu vois, dans les échanges qui s’établissent entre les différents collègues. Donc, ça marque plus les esprits. On se souvient beaucoup plus, je pense, d’une émotion ou d’un moment fort que d’un contenu cité sur scène, je pense.

    Minter Dial :   Je réfléchis beaucoup à ce sujet, le jeu, le playtime, et j’ai compris qu’un des intérêts du jeu, c’est quand même d’avoir des règles.

    Jocelin Haas :  Oui, c’est vrai, tout à fait.

    Minter Dial :   mais que parce qu’il y a des règles, ce n’est pas pour autant qu’on ne peut pas être créatif?

    Jocelin Haas :  Ah non, tout à fait. Déjà, toutes les règles ont été inventées pour être contournées par les esprits pernicieux. Mais le fait de mettre des règles, ça donne un cadre, donc ça rejoint un peu, si tu veux, effectivement, l’esprit de l’entreprise. Et c’est surtout, je pense, que ça rassure les gens, les participants, sur l’aspect juste. Il faut rester juste, il ne faut pas oublier de donner des règles, parce qu’il faut que la victoire soit méritée et justifiée. Donc oui, tu as raison, les règles sont très importantes dans le jeu.

    Minter Dial :   Quand on parle du sport, c’est un jeu, mais il y a aussi des enjeux dans le sport, surtout si tu pratiques à un haut niveau en termes de compétition, tu perds, tu gagnes. Combien le sport, penses-tu, est utile dans l’esprit d’une entreprise ou de quelqu’un qui travaille en entreprise ? öidemment, ce n’est pas signé Quannon, mais qu’est-ce que ça apporte ?

    Jocelin Haas :  Ça, c’est très large comme sujet. De manière individuelle ou collective, tu veux dire ?

    Minter Dial :   Individuelle.

    Jocelin Haas :  Je pense que les gens qui ont la chance d’avoir connu le sport dans leur vie, de manière individuelle, ça leur a transmis des qualités, des valeurs comme la résilience, le goût de l’effort, le dépassement de soi, le partage, l’observation. La liste est longue et je pense que ce sont des qualités qui peuvent être très utiles au sein d’une entreprise, notamment sur de la collaboration. C’est un peu large comme sujet là.

    Minter Dial :   C’est vrai, mais ayant fait autant de choses, la magie, le stand-up, le cinéma, le sport de haut niveau, est-ce que ça t’arrive encore d’avoir du trac ?

    Jocelin Haas :  Ah oui, à chaque prestation. Et j’en suis très content.

    Minter Dial :   Pourquoi t’es content ?

    Jocelin Haas :  J’ai l’impression que si je n’avais pas le trac, peut-être que je commencerais à m’ennuyer. Je pense que ça manquerait un petit peu d’enjeu. Le trac, ça rajoute de l’enjeu et I care. Si je ne stresse pas, c’est que maybe I don’t give a shit. Et c’est important d’avoir le trac parce que ça te stimule, ça prouve que tu as envie de performer, t’as envie de bien faire les choses. Moi, ça me rassure d’avoir le trac. Je ne te dis pas que c’est très agréable, tout dépend du niveau du trac. En fait, mon trac, il y en a toujours, mais il est de 1 à 10.

    Jocelin Haas :  On reprenait cette échelle-là. Vraiment, il peut être à 3 comme il peut être à 9. Ça dépend vraiment de… En fait, j’ai remarqué surtout, c’est si je n’ai pas joué depuis longtemps. Tu vois, quand je faisais du stand-up, c’était ça, quand je jouais trois, quatre fois par semaine, j’avais vraiment beaucoup moins de trac. Mais si je n’ai pas joué depuis deux mois et que je monte sur scène et qu’il y a 50 personnes et que c’est très stock-up, tu vois, les gens sont coincés, ça va peut-être me stresser. Il y a vraiment plein de raisons qui font que je vais me stresser plus ou moins. Des fois, je suis beaucoup moins stressé de jouer devant 3000 personnes que devant 50 lors d’un petit dîner.

    Minter Dial :   On va y revenir sur l’aspect comédie, mais comment tu gères le trac alors ? Quelles sont tes astuces, tes trucs que tu fais quand tu arrives ? Est-ce que c’est une question de les gérer ? Ou en tout cas, comment tu gères le temps avant ?

    Jocelin Haas :  Alors déjà, si tu ne veux pas trop stresser, tu dois te préparer. Parce que c’est sûr que si je ne suis pas préparé, ce qui ne m’arrive pas parce que je suis plutôt professionnel, je vais être plus stressé. Et ensuite, concrètement sur place, le trac, je crois beaucoup au corps. Donc avant de monter sur scène, j’ai des routines. J’ai des routines de préparation que j’ai découvertes par l’expérience et aussi apprises lors de formation de cinéma ou d’improvisation. je fais des mouvements de respiration, je bouge beaucoup physiquement, je tire, je me tire, je fais des fentes, je shake mes jambes, je fais des vibrations, tu vois, je mets la main sur le torse, je shake it up, je bouge beaucoup et j’articule, je fais des exercices de diction. Et petit secret, souvent, je parle dans le micro off stage avant de monter sur scène. Ma première phrase, souvent, elle est avant d’aller off stage.

    Jocelin Haas :  Je m’adresse au public sur une musique, une intro, et je rentre sur scène après avoir parlé déjà au micro.

    Minter Dial :   Je comprends. J’ai le trigger, le stress d’un souvenir quand j’avais le rôle principal dans le théâtre. et j’arrive sur scène et j’ai oublié, je ne pouvais pas sortir les premières paroles. J’avais tellement le trac, j’ai oublié les premières lignes. Comment tu fais ça en inter ?

    Jocelin Haas :  C’était une pièce de théâtre ?

    Minter Dial :   Oui, c’était Rear Window. J’avais la chance d’avoir en face de moi ma femme dans la pièce qui était aussi directrice. Elle connaissait les lignes des deux côtés. Elle a su le gérer. Elle m’a ramené avec des grands yeux, évidemment. On s’est retrouvé peut-être la troisième ligne.

    Jocelin Haas :  C’était un truc… Ça veut dire qu’elle t’a nourri. Comme c’était toi qui avais la première réplique, elle t’a donné la deuxième.

    Minter Dial :   Elle a fait un peu d’improvisation. Et quelque part, c’est ça, quand tu parles de préparation, elle était préparée à tout parce qu’elle connaissait tout. Et ça, je pense que c’est essentiel. Donc, le sens d’humour dans le cadre du business. Enfin, il y a plein de choses qu’on n’est pas censé dire. On n’est pas censé exprimer notre point de vue sur la politique, parler du sexe ou du cul, des choses comme ça. Et sens d’humour, comment proposes-tu que quelqu’un qui écoute, qui aime sens d’humour, l’introduit dans un cadre business ? À quel moment, comment encadrer sens d’humour dans le business, surtout aujourd’hui où tout le monde est un peu sensible ?

    Jocelin Haas :  Alors, disons que je ne vais pas aborder les sujets délicats que tu as déjà cités. Je pense qu’il y a toujours de la place à l’humour. Je trouve ça dramatique de ne pas penser qu’il y a de la place pour l’humour. Il faut pouvoir rire à chaque instant. Mais quand je rentre sur scène devant un public, j’adapte deux, trois punchlines adaptées au public sans prendre trop de risques. Et moi, j’adapte beaucoup. En général, je commence toujours par de l’autodérision sur ma propre personne. Et une fois comme ça qu’ils ont bien ri de moi, je peux me permettre de rire un petit peu d’eux.

    Jocelin Haas :  Mais après, sur les présentations individuelles, je les présente d’une manière tout à fait solennelle et énergique. Et l’humour vient en fonction de ce qui se vit sur scène. Donc moi, je me fais confiance sur ma finesse, tout simplement. Je n’ai jamais fait une mauvaise blague sur scène. Je ne dis pas que ça ne va jamais arriver et que ce n’est pas possible, mais je sais, je suis assez fin. Sans me vanter, je ne fais pas d’erreur. Je n’ai pas fait la mauvaise blague qui crée le gros mal-être ou qui soit trop indélicat ou trop personnel. C’est plutôt une manière de taquiner l’autre, mais quand même de la mettre sous les lumières.

    Minter Dial :   Quelque part, ça revient sur l’histoire de jeu avec des règles, car en fait, il y a quand même un cadre et des règles qui doivent s’imposer. Et puis, on ne va pas parler de religion, on ne va pas parler de ceci, cela. Mais une fois que tu as fait l’autodérision, c’est vrai que ça t’humanise. Et l’autodérision, c’est quelque chose que les Anglais savent assez bien faire, je pense. C’est un… Combien est-ce qu’on a besoin de se connaître pour mieux faire l’autodérision?

    Jocelin Haas :  Moi je dirais pas tellement se connaître, je dirais combien il faut s’aimer en fait. Parce que si t’es capable de rire de ta propre personne devant des milliers d’inconnus, c’est que quelque part t’as fait ton travail, tu t’aimes suffisamment. Tu comprends ? Mais bon, s’aimer, c’est aussi se connaître. Mais ce n’est pas de se prendre trop au sérieux, c’est de s’aimer sans… S’aimer, ce n’est pas avoir de l’ego ou de la fierté, c’est juste aimer sa propre personne suffisamment pour pouvoir rire de soi. Par exemple, moi, quand je monte sur scène, j’ai une phrase que j’avais, entre guillemets, créée sur mon stand-up au Canada, puisque je sais que personne ne me connaît, personne ne connaît Jocelin Haas. Donc je rentre sur scène, j’arrive avec cette énergie très candide. J’essaie de renouer avec mon enfant qui est très souriant, très énergique, très solaire.

    Jocelin Haas :  Et je dis à quel point je suis content d’être là devant eux. Et une fois que les applaudissements, l’accueil baisse un peu, je dis par applaudissement, qui me connaît ? Et là, je me tape un flop total. Évidemment, personne n’applaudit. Et là, ça rigole déjà. Et après, je dis, qui ne me connaît pas ? et là ils s’en donnent à cœur joie, ils applaudissent, ça commence comme ça, c’est mon ouverture.

    Minter Dial :   C’est une technique que je comprends que j’ai faite quand j’étais patron d’une marque aux Etats-Unis, enfin mondialement, mais basée aux Etats-Unis, c’était l’idée de l’inclusivité. Donc si tu poses une question, par exemple, combien de personnes aiment la couleur vert ? Donc, il y a 7 personnes sur les 50 qui disent oui. Alors, qui n’aime pas le vert ? Enfin, qui a une autre couleur, qui préfère ? En gros, pour que les 43 autres se sentent dedans.

    Jocelin Haas :  Oui, tout à fait.

    Minter Dial :   Ça, c’est l’inclusivité, la participation. Tu te dis que tu as une facilité à créer un sentiment de familiarité avec les gens. Est-ce que c’est un don naturel avec lequel tu as été né ou est-ce que c’est cultivé et qu’est-ce qui t’a permis de devenir quelqu’un comme ça ?

    Jocelin Haas :  Tu sais, il y a toujours l’inné et l’acquis dans la vie. C’est très difficile des fois de mesurer. lequel a une plus grande part. Mais c’est vrai que c’est la seule chose que je mets sur mon site, c’est ça. Je pense que c’est inné chez moi, cette envie de connecter cet intérêt vers l’autre, de sourire et de les mettre à l’aise. C’est ça, c’est plutôt inné. Après, j’ai dû le transférer et le faire sur scène. Et je l’ai compris bien plus tard, d’ailleurs, que c’était ça, ma qualité principale.

    Jocelin Haas :  Le reste, l’addiction, la performance, l’improvisation, tout ça, c’est l’expérience. C’est vraiment le fait d’avoir bouffé de la scène à Toronto, à New York, à Montréal, dans des contextes parfois difficiles. Ça, c’est l’expérience. Mais voilà, l’intérêt de mettre les gens à l’aise et de m’intéresser vraiment à eux, etc. Ça, c’est plutôt inné depuis tout petit.

    Minter Dial :   Alors, cette question pourrait paraître contre-intuitif, mais en étant un speaker, quelqu’un qui parle, en étant sur scène, quelqu’un qui livre une performance, un comédien qui parle devant une audience, combien l’écoute est importante dans ce rôle ?

    Jocelin Haas :  L’écoute du public, tu veux dire, ou la mienne sur scène ?

    Minter Dial :   Ton écoute, ta capacité d’écoute.

    Jocelin Haas :  Elle est primordiale. C’est la base d’écouter. Aussi bien d’écouter ceux qui interviennent sur scène à tes côtés, mais d’écouter surtout la mélodie du public. Le rythme, le rire, la réaction, les silences. Et éventuellement, s’ils se dissipent un peu, j’ai la chance de ne pas avoir vécu un moment trop difficile là-dessus. Mais il faut que tu écoutes ton public. Parce que si tu ne l’écoutes pas, ils ne t’écouteront pas non plus. Tu vas parler sur leur rire, tu vas continuer un discours alors qu’il y a clairement un manque d’intérêt en face de toi, donc il faut que tu sois très sensible à ton public, c’est super important.

    Minter Dial :   Je pense que c’est quelque chose que les patrons de l’entreprise pourraient s’emparer de cette idée-là un peu plus.

    Jocelin Haas :  Je suis d’accord avec toi. Mais ils n’ont pas forcément, ce n’est pas leur métier d’être sur scène. Et donc, ils n’ont pas, encore une fois, toute cette expérience de ressentir le rythme, les réactions d’une foule. Et ils sont là, eux aussi, mine de rien, avec une posture différente. Ils ne sont pas en joker. Nous, on est des jokers. On arrive, on est outside of the box. Eux, ils ont un statut, ils ont une posture, ils ont un discours, ils ont un message à faire passer.

    Jocelin Haas :  Mais je suis d’accord avec toi, s’ils le faisaient passer avec un peu plus de ressenti, le message serait déjà beaucoup plus entendu aussi.

    Minter Dial :   Je ne sais pas si le mot a été totalement approprié par les Français, mais le mot storytelling, j’ai toujours pensé que le patron doit être un conteur. un conteur d’histoire est capable donc de raconter et quand même, dans son récit, être à l’écoute.

    Jocelin Haas :  Je suis d’accord avec toi. Je suis d’accord avec toi. Et tout dépend… Déjà, quand tu prends cet angle-là, cet angle-là que tu décris, le storytelling, tu as une composition qui… qui diffèrent déjà et qui doit être beaucoup plus personnalisé. On s’adresse beaucoup plus au jeu, si on peut rajouter quelques anecdotes. C’est toujours compliqué quand on intervient souvent. Moi, je trouve que souvent, il y a trop de contenu et c’est beaucoup trop rigide, c’est beaucoup trop cadré, c’est beaucoup trop impersonnel.

    Jocelin Haas :  Donc, je te rejoins là-dessus. Je suis tout à fait d’accord avec toi.

    Minter Dial :   Alors, j’imagine que, enfin, je ne te connais pas sur scène, je ferais partie des gens qui appelleraient dans la deuxième partie avant de te connaître maintenant, mais tu as fait du cinéma, tu étais souvent sur scène et tout. Et donc tu as un confort sur scène, malgré le trac et tout. Est-ce que tu as des zones d’inconfort et à quoi je pense en particulier, c’est quand tu es hors caméra, hors micro, hors scène, est-ce que tu as l’aise dans le silence et la solitude ?

    Jocelin Haas :  Oh là là! Alors, je vais essayer de répondre plus simplement à cela. Effectivement, je n’ai vraiment plus du tout d’inconfort sur scène. J’adore, parce que quand il se passe quelque chose sur scène qui est inconfortable, l’essentiel, c’est de le dire à voix haute. Et quand tu dis, regardez comme ce silence en ce moment, etc., ça détend tout de suite l’atmosphère. En gros, des inconforts scéniques, je n’en vis plus et je n’en ai pas vécu tant que ça. Mais je suis très à l’aise avec le silence, même dans une relation intime. La solitude, c’est compliqué. C’est marrant que tu me poses cette question parce que je suis dans une phase de ma vie où je me juge un peu fragile par rapport à la solitude.

    Jocelin Haas :  J’en ai vécu de la solitude. J’en ai vécu. Je n’aime pas ça. Tu vois, j’ai 42 ans aujourd’hui et ce que je souhaite, c’est partager le plus de moments possibles avec les gens que j’aime. même dans le silence, parce que la présence d’une personne que t’aimes est suffisante.

    Minter Dial :   Le silence. Il me semble qu’aujourd’hui on vit dans une période difficile, où la solitude est régnante et prégnante, dans tellement d’endroits, et les patrons c’est un métier très seul, on est souvent tout seul dans son bureau, Qu’est-ce que ça te fait penser pour eux?

    Jocelin Haas :  C’est une solitude que je ne connais pas. La solitude d’un patron. Pour moi, la solitude… J’aurais pas pensé à la solitude, si tu veux, d’un patron. Je pensais à la solitude dans ta vie personnelle. Je suis très empathique à ça et je ne souhaite à personne de se sentir vraiment seul. C’est dur, on n’est pas fait pour être seul, on est des êtres de communauté. Après, par rapport à ce que disait son patron, peut-être que ça me fait juste penser au fait que de par leur statut au sein d’une entreprise, C’est dur, parce qu’ils peuvent aimer, adorer certains de leurs collègues, mais ils se doivent, à cause de leur mission managériale, si tu veux, de garder une certaine distance.

    Jocelin Haas :  Et ça, ça ne doit pas être facile.

    Minter Dial :   Par ailleurs, il faut aussi aller chercher ceux avec lesquels on n’a pas aussi facilement la parole.

    Jocelin Haas :  Tout à fait. Tout à fait. Et il faut que tu restes très juste. Parce que bon, un patron, ça reste un humain, il va avoir des préférences. Après, s’il se sent un peu à l’écart de son statut, et que c’est un leader, et que derrière, il a une femme qu’il aime, il a des enfants. Bon, je ne le plaindrai pas trop. On peut tous ressentir la solitude. On la ressent tous.

    Minter Dial :   Et alors, est-ce que tu à combiner ou créer un espèce de raison d’être de ce que tu es, ce que tu fais, Jocelin?

    Jocelin Haas :  Moi je suis un optimiste fataliste, c’est-à-dire que j’aime la vie et à la fois je me dis est-ce que réellement la vie a du sens ? Tu vois, on peut traverser des phases un peu sombres dans la vie où on se dit Donc on essaie de se créer du sens. Et je pense que j’ai fait beaucoup de métiers de performance quand même pour la recherche de l’amour, sans doute de vouloir être aimé, peut-être même admiré. Les raisons n’étaient pas toujours saines au départ. Aujourd’hui, après avoir passé quelques sentiments d’imposture, je me rends compte à chaque performance que j’apporte quand même quelque chose. j’apporte quelque chose, j’aide à faire passer des messages, je fais rire les gens, je fais passer un bon moment à des inconnus. Et ça leur fait du bien. Donc, peut-être que quelque part, j’y trouve un sens.

    Minter Dial :   Tu vois ? J’aime beaucoup comment tu réfléchis là-dessus parce qu’en fait, l’idée que je suis 100% sûr de mon sens, C’est une lueur pareille, c’est-à-dire que dans notre imperfection, dans le chemin qui est forcément des bas et du viens, du haut et du bas, on ne peut pas être sûr de soi à 100% tout le temps, que ce soit la confiance en soi, que ce soit la connaissance de ma raison d’être ou le sentiment d’être parfaitement aligné, on est forcément contraint à vivre dans l’inconnu, dans cette imperfection, et être suffisamment à l’aise avec, pour y traverser les moments difficiles.

    Jocelin Haas :  Bien sûr. Oui, c’est vrai. Tu sais, quand tu montes sur scène et que la veille, t’as vécu une rupture amoureuse, par exemple, il faut quand même que tu sois là sur scène et que tu fasses vivre un bon moment aux gens, alors que toi, quelques heures avant, t’étais au fond du gouffre. Donc, You have to do it. Mais bon, quelque part, je suis juste un speaker. Imaginez un chirurgien, un mec qui ne doit pas trembler de la patte, qui se retrouve à faire une opération à cœur ouvert et qui vient d’apprendre une nouvelle catastrophique dans sa vie privée. Tu te rends compte de l’enjeu? C’est autre chose.

    Minter Dial :   Et je pense que c’est un sujet important.

    Jocelin Haas :  Oui, donc il faut à la fois faire de son mieux donner toute son énergie, mais à la fois aussi se détendre sur la mission qu’on a, d’une manière plus générale, sur Terre. On va tous y passer, on va tous disparaître. Moi, je n’ai pas besoin de me dire que je vais laisser une marque. Il y a des gens qui disent, je vais laisser une marque, je vais être dans le dictionnaire, on s’en fout.

    Minter Dial :   Wikipédia.

    Jocelin Haas :  J’ai une page Wikipédia, mais on s’en fout. Tu dois faire partie des 10 personnes qui l’ont regardé sur cette planète.

    Minter Dial :   Tu vois, j’ai fait ma recherche. Mais en parlant de marques, parce que ça c’est un sujet qui m’intéresse beaucoup, enfin le sujet, on va dire, méta-existentiel, de quelles marques vais-je laisser sur la Terre, ça c’est un sujet qui m’intéresse. Mais par ailleurs, il y a les marques, les entreprises, et tu te mets sur scène et tu te dis que tu dois porter la voix de la marque tout en restant authentique à toi, Jocelin. Comment est-ce que tu gères la tension entre ces deux exigences, être le visage d’une entreprise, l’espace d’une soirée, sans devenir une simple voix institutionnelle interchangeable ?

    Jocelin Haas :  Moi, je ne me considère pas être la voix de la marque, justement. Mon rôle est clair, je suis encore une fois un outsider. Les voix de la marque, ça va être les intervenants qui vont venir. Par contre, je dois comprendre l’environnement dans lequel je plonge. Mais c’est quoi exactement ta question par rapport à ça?

    Minter Dial :   C’est-à-dire, il y a toi, Joceline, et ensuite l’endroit où tu te mets, c’est la BNP Parisbas, tu dois faire un discours chez eux, et là tu fais pas que du Jocelin, parce que du Jocelin, enfin, quelle partie du Jocelin amènes-tu qui reste authentique par rapport à être dans un cadre où ils ont dit ben tu n’as pas le droit de dire ça, ça, ça, ça, ça, il faut faire ça en 23 minutes, et le thème de ce séminaire c’est le machin, donc il y a forcément des contraintes, et un cadre, un contexte, et qui t’amène à être plus institutionnel, en tout cas versus l’entreprise. Donc c’est la tension entre le toi, Jocelin, et ce cadre.

    Jocelin Haas :  Tout à fait. Écoute, je me suis mis une pression au début en me disant que je ne pouvais pas être toujours Jocelin, effectivement, et figure-toi que ce n’est pas vrai. que quel que soit le cadre, la nature de Jocelin, qui est d’être souriante, énergique, je l’applique tout le temps, quel que soit le cadre. Parce que finalement, on est quand même des artistes quand on est intervenant, donc on fait ce qu’on fait. Les gens ne viennent pas voir Jocelin Asse, ils viennent à l’événement, mais je suis quand même un performeur. Et du coup, maintenant, les gens qui me signent, ils voient mon site, ils voient mon énergie et ils veulent ça. Et s’ils ne voulaient pas cette énergie-là, quel que soit le contrat, je leur dirais, je ne suis pas la bonne personne pour vous. Tu vois, je me fais confiance aussi pour dire que ce n’est pas possible, mais dans plein de cadres même très luxe, très… que ce soit le cosmétique, les finances, la distribution, il y a toujours la place à un sourire et à une énergie.

    Jocelin Haas :  Le plus difficile, je dirais, peut-être que je m’égare un peu sur ta question, c’est le contenu. C’est si on me donne un contenu très lourd, très solennel, très long. Ça, c’est difficile. Et une fois ou deux, après un premier speech par exemple qui était imbuvable, j’ai quitté la scène, les gens écoutaient très peu et j’ai juste demandé l’autorisation de sortir du texte. Et je leur ai dit, c’est pour vous que je dis ça. Et je suis sorti du texte. Donc j’ai fait du Jocelin, j’ai fait du storytelling, je me suis beaucoup plus, tu vois, j’étais beaucoup plus au jeu et j’ai quand même divulgué le contenu, si tu veux, le message du contenu. Et bien là, ça écoutait beaucoup plus.

    Jocelin Haas :  Donc ils ont compris.

    Minter Dial :   Dans le premier cas, ça s’appelle la langue de bois quelque part. Enfin, il y a le côté trop carré, trop sévère, sérieux. Je dois affacer ce message dans ces minutes-là précises et on devient totalement fou quelque part si on est tellement comprimé.

    Jocelin Haas :  Ah ouais, mais c’est horrible. En fait, c’est horrible parce que finalement, tu reviens un peu à la peur initiale, parce que tout le monde dit la prise de parole en public, c’est la deuxième peur au monde après la mort. J’ai du mal à le croire. Je pense qu’il y a des peurs, pour d’autres, il y a des peurs plus fortes. Mais là, à cet instant-là, quand on te donne un contenu, t’as beau être un professionnel, un orateur, tu te retrouves, t’as l’impression d’être au CP, tu sais, dans la classe avec la maîtresse quand t’avais 5 ans, qui t’interroge, quoi. Et tu dois réciter. C’est horrible. C’est horrible.

    Minter Dial :   J’ai voulu faire des questions un peu différentes. Par rapport à l’ordinaire, tu fais plein de choses en entreprise, mais aussi tu animes des cérémonies de mariage. Oui, c’est ce que j’ai vu. Et je me disais, qu’est-ce qu’un mariage, une cérémonie de mariage qui réussit, qu’est-ce que ça peut apporter si on essaie de l’amener dans un monde de l’entreprise, en termes de narration, d’émotion, de mémoire collective ?

    Jocelin Haas :  Là, pour le coup, on est vraiment sur le storytelling. Alors là, une cérémonie de mariage, Moi, j’envoie un questionnaire. En général, je les rencontre souvent en visio parce que ce sont des gens qui sont loin de la région. J’ai la chance de faire des cérémonies de mariage à gros budget. Et là, pour le coup, tu parles de leur histoire. Donc, c’est hyper anecdotique. C’est très personnalisé. Donc, c’est beaucoup plus captivant.

    Jocelin Haas :  En plus, tu t’adresses à des gens qui connaissent les deux les deux invités, tu sais. Donc c’est sûr que si tu peux transférer ça, encore une fois, appliquer ça sur des discours d’entreprise, c’est magique. Si un chef d’entreprise, il rentre sur scène et avant de parler du programme de la journée, il raconte d’où il vient, ce qu’il aimait quand il était petit, tu vois, pour accrocher son public, ce serait magnifique, tu vois. ou de faire connaître, un speaker pourrait faire connaître le prochain intervenant à son public par une phrase toute simple. Comme tu disais, lui, je ne sais pas si vous le savez, mais il adore le tennis de table. Vous ne pourriez même pas retourner son service. Challengez-le au prochain séminaire. En tout cas, il est là pour vous présenter le plan stratégique, blablabla.

    Jocelin Haas :  Tout de suite, c’est mignon.

    Minter Dial :   Tu étais en public en beaucoup de manières, je peux citer la France a un incroyable talent, c’est ce que j’ai pu comprendre, aussi tu as fait des productions Heroes Reborn, Beauty and the Beast, et je me demandais qu’est-ce qui est plus difficile de convaincre une jury de télévision ou convaincre un comité exécutif français de vraiment lâcher prise ?

    Jocelin Haas :  Moi, je dirais que c’est plus difficile de convaincre un comité de direction de lâcher prise, mais ce n’est pas difficile de convaincre les collaborateurs de cette entreprise à lâcher prise. C’est le CODI, c’est le client direct qui est plus difficile. Et du coup, c’est pas eux que j’essaie de convaincre, c’est je vais plutôt faire lâcher prise au public à leurs collaborateurs et eux, par ce témoignage vont lâcher prise. Ils vont dire, ah, mais c’est de ça dont on avait besoin. Merci, Joceline. Tu vois ? Donc, je n’essaie pas de les convaincre, eux. Non, je détends, c’est leurs collaborateurs que j’éveille. Et eux, ensuite, ils en sont très contents.

    Jocelin Haas :  Ça n’a rien à voir avec un show de télé ou encore une scène de cinéma.

    Minter Dial :   Ça a rien à voir avec le succès de ta performance, quand même.

    Jocelin Haas :  Oui, tout à fait. Il faut de l’énergie, il faut de l’écoute et il faut quand même ce sens d’improvisation. C’est super important.

    Minter Dial :   Comment tu cherches l’énergie ?

    Jocelin Haas :  Je la cherche en la donnant, en donnant mon énergie. Je mets le public à l’aise à la recevoir et à me la rendre. Si moi je monte sur scène sans énergie, comment je peux espérer en recevoir ? Tu comprends ? Tout comme tu veux une écoute, peut-être des fois la meilleure façon d’obtenir une écoute, ce n’est pas de parler plus fort, c’est de marquer un silence. C’est beaucoup plus puissant. Moi, je suis très à l’aise et toi, je le remarque aussi d’ailleurs. Bravo. Je suis très à l’aise à un moment donné à regarder le public. qui s’enjaillent et les laisser redescendre tranquillement, et ils comprennent par eux-mêmes.

    Jocelin Haas :  Il faut reprendre l’écoute.

    Minter Dial :   Moi, mon truc, c’est la respiration. D’abord, de sentir si je respire bien, de savoir en moi, est-ce que je respire bien? C’est un peu comme tu dis… Je cherche en moi, où j’en suis dans la respiration. Et si je me sens nerveux, ma voix va commencer à aller au plus haut, stressée, je vais parler avec un débit plus vite et tout le reste. Et après, il y a un côté pied sur terre, se sentir bien malgré l’effort et le trac qui va suivre.

    Jocelin Haas :  Ouais, c’est vrai. Quand tu dis les pieds sur terre, ça me fait penser à ça. Je ne sais pas si c’est un proverbe ou… C’est les pieds sur terre et la tête dans les nuages.

    Minter Dial :   J’aime bien ça. Puisqu’en fait, on parle beaucoup de la France, les Français. T’as été à Hawaii, t’as été au Canada. Et je me demande à combien ça, ça t’a aidé à être celui qui est sur scène plus facilement, plus énergiquement, que d’avoir été que élevé en France.

    Jocelin Haas :  Oh my god, ça a tout changé, ça. Tu me poses cette question-là, j’ai des frissons, c’est marrant. C’est marrant, ça me fait quelque chose. La nature humaine de qui je suis, très curieux des autres, très enjoué et joueur, c’est depuis tout petit, mais la confiance de l’exprimer, c’est ma vie en Amérique du Nord. Si je n’avais pas vécu 10 ans au Canada avec un peuple très chaleureux, très accueillant, beaucoup moins judgemental que les Français, no offense pour ma patrie, mais c’est incroyable la confiance que tu acquiers en Amérique du Nord.

    Minter Dial :   Tu sais,

    Jocelin Haas :  on rigole beaucoup de Jean-Claude Van Damme, par exemple. Bien sûr qu’on sent que son esprit peut être un peu divagué et sans doute par les substances qu’il a consommées dans sa vie, mais il y a une réelle authenticité des fois dans ses discours, même si des fois ça n’a ni que d’une tête. Au fond, il y a quelque chose, il y a du sens dans ce qu’il dit parfois. Et on rigole beaucoup de lui quand il parlait en franglais, etc. Tu sais, les Français, il y en a beaucoup qui se prennent pour le nombril du monde, mais ils ne comprennent même pas que si tu pars aux Etats-Unis, que tu pars ne serait-ce que deux ou trois ans. Mais on ne fait pas semblant quand on revient et qu’on parle en anglais. C’est que vraiment, tu cherches tes mots en français, même si c’est ta langue maternelle, parce que ça fait deux ans que tu es baigné dans un autre contexte. Il faut juste le vivre pour le comprendre.

    Jocelin Haas :  On juge trop facilement. Les gens ne comprennent pas que c’est une question d’empirisme. Il faut vivre les choses.

    Minter Dial :   Parmi les choses qui m’ont choqué, quelque part en tout cas m’ont réveillé, c’est que souvent en France, si tu ne cites pas Socrate ou Voltaire ou je ne sais pas qui, ça n’a ni queue ni tête, c’est-à-dire que c’est des références du côté intellectuel. Et là, ce dont on parle un peu dans l’authentique, c’est être vrai, être en contact avec soi-même et pas essayer de rendre tout ça abstrait et intellectuel. Et je me dis que dans ton rôle, tu as fait des interventions, j’imagine bien, devant des petits comex, des CODIRs, petits dans taille je m’entends, et que alors que tu fais de la magie et tout le reste, Combien tu imagines qu’il y a une espèce de passe-passe collectif en train de se passer dans la salle, et qu’est-ce que tu fais quand tu observes ça, si tu l’as observé ?

    Jocelin Haas :  Qu’est-ce que tu veux dire par des passe-passe collectifs ?

    Minter Dial :   C’est-à-dire qu’ils ne se parlent pas, qu’il y a des problèmes, enfin il y a un espèce de manque de fluidité dans les conversations, c’est tout est faux. Je veux dire qu’en la magie, il y a des trompe-l’œil. Il y a un côté animé, intentionnellement pour faire des trucs, des trompe-œils, trompe l’esprit. Et dans l’entreprise, je trouve qu’ils souffrent beaucoup de manque d’authenticité, d’espèce de langue de bois, d’incapacité de rentrer dans l’esprit. J-E-U, dans la capacité de se moquer de soi-même, d’amener tous ces éléments que tu amènes. Et donc la question quelque part, c’est quand tu vois un CODIR qui est un peu trop serré et tout le reste, tu es en train de les débloquer, comment tu vas, tu agis, comment tu fais pour débloquer cette espèce de boulonnée serrée ?

    Jocelin Haas :  Ah ben ça, Ça, c’est vraiment par des petites réactions. C’est par l’improvisation. C’est par le fait, encore une fois, de dénoter que j’ai bafouillé sur scène ou là, vous avez fait ci, vous avez fait ça, donc je vais les faire sortir du contenu. et je vais dire à voix haute ce qu’il se passe en ce moment. Voilà. Si, par exemple, il y a un discours et qu’à un moment donné, les gens ne parlent pas, je vais couper carrément le discours de l’intervenant et je vais peut-être quitter la scène et m’intéresser à quelqu’un qui parlait et qui gênait le discours et aller vers lui ou vers elle. Je vais dire, qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qu’on a raté ? Et là, je vais vraiment faire une petite interview, mais pas pour la mettre mal à l’aise, pour détendre un peu l’atmosphère d’une manière un peu taquineuse mais gentille et ramener de l’humain dans tout ça. C’est que de l’improvisation, c’est que des moments comme ça.

    Jocelin Haas :  C’est vraiment ne pas faire semblant de ne pas constater ce qui se passe en ce moment.

    Minter Dial :   J’ai envie de dire qu’on pourrait dire que tu deviens le fou du roi dans ces cas-là.

    Jocelin Haas :  Oui, totalement. Tu as raison. Je suis un peu le bouffon. Exactement, le bouffon, le fou du roi, tu as raison, c’est ça, il y a un côté joker, c’est super important. On est un peu le bouffon du roi, on sert le roi, mais il y a une petite satire sur cette situation, c’est du Molière un petit peu, si tu veux, tu sors un peu des fois et t’es là pour montrer que bon, ce trop de sérieux est un peu ridicule.

    Minter Dial :   J’adore ce film ridicule. Sur ces mots, Jocelin, beaucoup merci d’avoir pris ce temps. J’ai adoré l’échange. J’ai l’impression, moi, d’avoir grandi en t’écoutant. Et j’espère que ce genre de personnage plairait davantage dans les Caudillards français. Comme tu dis, je pense qu’ils en ont besoin. Et alors pour ceux qui écoutent encore, qui, comment peut-il te contacter, quels sont les «calls to action» comme on dit aux Etats-Unis, que tu demanderais à personne qui écoute pour connaître un peu mieux qui tu es et où t’embaucher ?

    Jocelin Haas :  ãoute, déjà la médecine, c’est moi qui te remercie, vraiment. de m’avoir reçu aujourd’hui. C’est un vrai plaisir d’échanger avec toi. Je dois l’admettre, j’ai l’impression qu’on a beaucoup de points communs. N’hésite pas, si tu viens à Nice, à me faire signe, qu’on fasse un pas d’aile. Ce serait vraiment un plaisir. Et sinon, moi, pour me trouver, c’est très simple. Sur Internet, ils tapent jocelinh2as.com.

    Jocelin Haas :  Donc, c’est J-O-C-E-L-I-N-H-2-A-S.com. Il y a toutes mes informations, il y a ma biographie, il y a mon numéro de téléphone. Voilà, qu’ils n’hésitent pas.

    Minter Dial :   Avec cela, merci infiniment. Merci beaucoup. Thank you so much, dear Jocelin.

    Jocelin Haas :  Thanks to you, Minter. Have a good day. Merci.

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